The Florida Project

De : Sean Baker
Avec : Brooklynn Prince, Bria Vinaite, Valeria Cotto
2017

La Floride, ses plages clinquantes, ses palmiers de carte postale et sa misère sociale. A l’ombre de Disney World, des motels où s’entasse à l’année la classe moyenne basse, celle qui vit d’économie de bout de chandelles. Là, vit Moonee (Brooklynn Prince), 6 ans, et sa mère Halley (Bria Vinaite).

The Florida Project porte bien son nom, celui d’un projet : ouvrir les yeux du spectateur sur une autre réalité. Inutile dès lors d’essayer de broder de belles histoires avec des rebondissements, de l’action, ou de l’émotion en carton-pâte, puisqu’on frôle ici le documentaire. Ainsi, niveau réalisation, Sean Baker a choisi de faire au plus simple. Sa caméra circule de long en large dans les corridors encombrés de vélos d’enfants, lorsqu’elle ne s’installe pas dans le capharnaüm de la chambre de motel de Moonee et sa mère. Pas de misérabilisme pour autant, juste le quotidien d’une fillette dont l’espièglerie crève l’écran. Car ici les enfants acteurs improvisent et ça se sent : les dialogues spontanés se mêlent aux rires des gamins trop contents d’obtenir des glaces gratuites à force d’astuce. A cela, s’ajoute la bonhommie d’un gérant (Willem Dafoe, parfait). On toucherait presque à la farce si la fin, véritable coup de poignard, nous rappellait pas que l’innocence a toujours une fin.

Conclusion : à voir

90’s

De : Jonah Hill
Avec : Sunny Suljic, Katherine Waterston, Olan Prenatt
2018

Stevie, 13 ans, est en manque de repères. Fils cadet d’une jeune mère de célibataire, il ne peut pas vraiment compter sur son grand frère, ce dernier ne manquant pas une occasion pour lui taper dessus. Une seule solution, regarder du côté de la rue et d’un groupe de skateurs, plus cools que cools.

Ce premier film de l’acteur Jonah Hill ne laisse pas indifférent. Déjà, de par sa dimension intimiste puisqu’il s’inspire directement de l’enfance du réalisateur en herbe. Ensuite, parce que cette intimité est portée aux nues par une réalisation sans fioritures. Le format (16mm) et la durée (1h25) offrent à ce beau portrait d’adolescent un écrin à la simplicité rafraîchissante. La bouille du jeune Sunny Suljic (Stevie à l’écran) accroche d’entrée la sympathie du spectacteur qui suit dès lors avec beaucoup d’intérêt les premiers pas de ce petit frère dans la cours des grands. Entre premières taffs et tentatives attendrissantes de « faire cool », le garçon attendrit mais surtout émeut au fur et à mesure que le film avance. Modeste et honorable.

Conclusion : pourquoi pas

33

Chambre 212

De : Christophe Honoré
Avec : Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste
2019

Le jour où son mari découvre qu’elle le trompe, Maria (Chiara Mastroianni) ne se laisse pas démonter. Elle assure qu’après 20 ans de mariage, il fallait bien s’y attendre. Et puis c’est que sexuel après tout. Mais pas pour Richard (Benjamin Biolay). Afin de faire le point, Maria prend son sac et s’installe le temps d’un nuit à l’hôtel d’en face. De là, elle peut contempler son passé, son présent, son avenir.

Le pitch est si classique qu’on en baillerait déjà. Mais après tout, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Christophe Honoré aurait pu livrer un mélo dans les formes, doux-amer, sur une presque quinqua en crise de couple. Il n’en est rien. Le réalisateur se déguise ici en dramaturge, monte un théâtre entre la chambre d’hôtel de Madame et l’appartement de Monsieur. Un espace qui se transforme vite en pur fantasme onirique. Là, entrent en scène un Richard avec 20 ans de moins (Vincent Lacoste) et Irène (Camille Cottin), l’amante éconduite par l’époux. Deux fantômes qui viennent converser tantôt avec l’un tantôt avec l’autre, dans la perspective de comprendre ce qui s’est passé pour que le couple en arrive là.

On comprends bien le projet. Celui d’évoquer les remords et les regrets amoureux de n’importe quel couple que les années émoussent. Et le cinéaste de prendre plaisir à jouer de la caméra, à sortir de sa malle des effets de mise en scène farfelus pour poétiser le propos, l’alléger aussi. Et pourtant, rien à faire, on baille quand même. L’incessant bavardage du triangle d’acteurs épuise mais surtout ennuie. La poésie fabriquée des dialogues tombe dans le vide et n’émeut jamais le spectacteur, peu concerné finalement par les caprices très superficiels d’une Chiara Mastroianni haut perchée dans son personnage. La porte de cette Chambre 212 semble grande ouverte à des acteurs qui s’amusent entre eux. Quant au spectacteur, il restera sur le pallier.

Conclusion : à éviter

Aladdin


De : Guy Ritchie
Avec : Will Smith, Mena Massoud, Naomi Scott
2019

Faut-il encore présenter l’histoire d’Aladdin en 2019 ? En deux mots, une histoire d’amour contrariée : lui, Aladdin, traîne dans la poussière du bled et vole son pain, elle, princesse Jasmine, s’ennuie ferme dans son palais. Mais comment la séduire ? Comment esquiver la barrière sociale ? En frottant la lampe et en faisant appel à un génie bien sûr. Si seulement c’était aussi facile…

Avec ses 183 millions de dollars de budget (contre 13,5 millions pour Crawl en comparaison) et son réalisateur reconnu à la barre (Guy Ritchie, à qui l’on doit Snatch ou encore Sherlock Holmes), Aladdin réussit son pari. En témoignent les chiffres : près d’un milliard de dollars encaissés dans le monde entier. Un succès facile c’est certain (le pouvoir de la nostalgie), justifié pas sûr. Si on est prêt à passer outre les costumes kitschs à en faire mal aux yeux, on a plus de mal avec le montage clipesque digne d’une montagne russe. Le nombre d’images par minute donne la nausée, à l’instar des coups de scalp exercés ici et là sur le film originel. Le mastodonte Disney pèse sur la réalisation et ça se sent : le gentil politiquement incorrect du Disney de 1992 (personnages dénudés, violence toute en suggestion mais présente, double lecture des blagues du génie…) est complètement banni ici. Reste la moelle de l’histoire et ce vent de nostalgie qui traverse les générations et balaye – presque – la lourdeur de l’ensemble. Une madeleine de Proust pas forcément facile à digérer mais agréable malgré tout.

Conclusion : pourquoi pas 

Crawl


De : Alexandre Aja
Avec : Kaya Scodelario, Barry Pepper, Morfydd Clark
2019

L’ouragan Wendy gronde sur la côte floridienne. L’alerte donnée, tous les habitants évacuent leur foyer. Tous ? Non, l’irréductible Hailey (Kaya Scodelario) est bien déterminée à affronter les éléments pour rejoindre coûte que coûte le domicile de son père, inscrit aux abonnés absents.

Les foudres de Mère Nature, une jeune héroïne pleine de courage, une armée d’alligators affamés… Crawl rassemble tous les ingrédients du popcorn movie de l’été qu’on commente à voix haute entre deux jump scares en carton-pâte. Le problème, c’est qu’à aucun moment le film ne s’assume en tant que tel. A l’inverse de Piranha 3DAlexandre Aja fonçait à fond les ballons dans le film de série B assumé, jouissif et mordant, Crawl rate le coche en se prenant trop en sérieux. Les poncifs du blockbuster américain s’enfilent (personnage type, schéma narratif post-it, retrouvailles père-fille archi vues) avec une solennité assommante. En témoigne ce début interminable où l’héroïne fait faire le tour du propriétaire au spectateur en faisant raisonner un agaçant « Dad ? » dans chaque pièce. Il faut dire que filmer la menace requiert une approche de la mise en scène précise dans ce processus de dévoilement, sonore et visuel, visant à faire monter la tension. Le souci c’est qu’ici l’approche très approximative du réalisateur casse le rythme et empêche le suspense de s’installer. En résulte un huis-clos aquatique aussi prenant que le spectacle de deux poissons rouges dans leur bocal. On espérait un excitant Serpents dans l’avion, on se contentera d’un Dents de la mer bas de gamme.

Conclusion : à éviter. 

Midsommar


De : Ari Aster
Avec : Florence Pugh, Jack Reynor, Will Poulter
2019

Suite au décès traumatisant de sa soeur et de ses parents, Dani décide de rejoindre son copain et ses amis en Suède, au sein d’une communauté hippie. Pour elle, c’est l’occasion rêvée de se changer les idées et de respirer un peu d’air frais. Pour eux, étudiants, celle de faire des recherches sur les rituels très particuliers de la tribu. Pour les uns comme pour les autres, dépaysement garanti et aucun remboursement possible.

Hérédité fut la révélation de 2018, celle d’un réalisateur, Ari Aster, de sa maîtrise de la mise en scène (précise, inventive mais jamais m’as-tu-vu), de son talent à instaurer une atmosphère suffocante. Un thriller ésotérique pourtant relativement classique si on regarde plus attentivement son écriture (une histoire de famille, de mauvais esprit, d’ambiance lugubre, etc).

Avec Midsommar, changement d’ambiance. Ou pas. Des larmes, des fleurs, du drame. L’affiche condense à elle seule la noirceur fulgurante de ce film d’horreur lumineux tout en antithèses. Jamais éden n’avait donné autant la chair de poule. Avec cette élégance noire rappelant le cinéma de Yorgos Lanthimos (l’humour acide en moins), Ari Aster revisite le motif du choc culturel. Cette fois, pas de starlette ou de footballer américain dans les rangs des personnages, mais des jeunes « normaux » qui vont découvrir tableau après tableau les bizarreries plus ou moins mortifères de ces hippies « bienveillants ».


Et c’est justement en cela que Midsommar est le plus réussi, dans son refus de tirer les grosses ficelles de la descente aux enfers ultra classique. Pas de montage clipesque
ou de course-poursuite dans les hautes herbes, le réalisateur prend un malin plaisir à laisser tourner la caméra, à étirer ses plans solaires. Et le malaise de s’immiscer même quand le soleil est au zénith. Car il ne s’agit pas tant de tout comprendre ou de s’attacher aux personnages, à leurs émotions, que de troubler le spectateur, de le perdre dans un univers perché mais poétique. Un véritable « art intellectuel » de l‘horror movie où la façon de faire voir importe plus que ce qu’on voit. Alors oui, concernant l’histoire en tant que telle, on reste forcément un peu sur sa faim. A l’instar des plans, le propos semble s’étirer pendant 2h27. Tout cela reste mignon dans l’ensemble, ça manque de croquant, sûrement pour éviter à tout prix la guillotinne économique du « moins de 16 ans ». N’en reste pas moins un film unique en son genre, à voir, pour sûr. 

Conclusion : à voir. 

Parasite


De : Bong Joon-ho
Avec : Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong
2019

Toute la famille de Ki-taek est au chômage. Un jour, le jeune garçon trouve un emploi de professeur particulier chez les Park, une riche famille coréenne. L’occasion pour lui d’introduire sa mère, son père et sa soeur au sein du foyer en usant des plus insidieuses stratégies.

Peu nombreux sont les Palme d’or à avoir remporté l’adhésion du public et des professionnels du cinéma. Parasite fait partie de ces élus. A bientôt deux mois de sa sortie en salle, le film de Bong Joon-ho continue d’attirer le chaland en salle obscure (plus d’un million de spectateurs à ce jour). Pour cause, son drame tragi-comique sur cette famille d’imposteurs déterminée, coûte que coûte, à obtenir sa part du gâteau est brillant en tous points.

Dès la première scène, Bong Joon-ho donne le ton : Ki-taek tente de grappiller du Wifi gratuit dans le sous-sol insalubre où (sur)vit la tribu. Il y parviendra… près des WC. Côté spectateurs, on rit doucement, légèrement mal à l’aise de trouver de l’humour dans cette misère si peu fictionnelle. Et c’est là le tour de force de ce film pas aussi conventionnel qu’il semble l’être. Le brio réside dans cet équilibre magistral, suivi à la ligne tout du long entre éclats d’humour noir et arrière-fond dramatique. Pas de gros rire, mais du comique de situation, nuancé, égrené à travers une galerie de personnages subtils et jamais caricaturaux. La critique sociale est bien évidemment là, dans l’écart entre famille pauvre et famille riche, mais il n’est jamais forcé. Pas de manichéisme non plus, puisqu’aucun méchant n’est jamais vraiment désigné. Au fond, qui parasite qui ? Pas si simple, tant le scénario ouvre au fur et à mesure de nouveaux tiroirs dans un habile procédé de poupée russe. Les portes du cinéma franchies, la question reste en suspend, preuve de l’intelligence de l’écriture. Ingénieux, filmé avec élégance, un film à voir, sans nul doute.

Conclusion : A voir absolument

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