Scandale (Bombshell)

De : Jay Roach
Avec : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie
2019

Fox News, chaîne d’informations câblée la plus regardée aux États-Unis. A sa tête, Roger Ailes, PDG omnipotent qui dispose de vie ou de mort médiatique sur toute employée. Employée au féminin, puisque tout ce qui passe à l’écran à l’obligation d’arborer des jolies jambes et une jupe très courte. Une oppression qui éclate entre les quatre murs confidentiels de son bureau où le harcèlement sexuel règne en maître. Jusqu’au jour où Gretchen Carlson, ancienne présentatrice de la chaîne, décide de l’attaquer en justice.

Impossible en les temps qui courent de rester impassible face à l’avertissement d’ouverture (« inspiré de faits réels »). D’entrée, l’attention est piquée, d’autant plus que le casting est de haute voltige (au-delà du trio de l’affiche, Allison Janney, Connie Britton ou encore Robin Weigert brillent de leur présence). A l’instar de son sujet dynamité, la mise en scène de Jay Roach (à qui l’on doit Mon beau-père et moi et Austin Power) est survoltée. A mesure que la caméra virevolte au rythme effréné de la rédaction, les dialogues crépitent et les plans s’enchainent à vitesse grand V. La stratégie est agressive mais rusée puisque le spectateur, immergé, est scotché. Impossible de rater une miette des bouts de conversation de ces femmes ambitieuses et pourtant si détachées les unes des autres. Car ce qui surprend le plus dans Scandale, c’est cette solidarité féminine totalement absente. Pas de discussion profonde et creusée, ni de véritable catharsis pour tous ces personnages. Frustrant dans un sens, mais finalement sensé quand on sait que dans la réalité le perdant n’a pas vraiment… perdu. 

Conclusion : à voir

Pupille

De : Jeanne Herry
Avec : Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez
2018

De l’accouchement sous X à l’adoption validée de l’enfant que se passe-t-il ? Tout le monde sait, par ouï-dire, que le processus est long et laborieux. Mais qu’en est-il vraiment ? Quelles sont les subtilités de la procédure ? Quelles en sont les différentes étapes ?

Le dessein de Pupille est plus qu’honorable, puisque la réalisatrice – qui s’est inspirée de l’expérience vécue d’une amie – entend faire raisonner la souffrance invisible de ces familles en mal d’enfant. Un sujet à fleur de peau finalement peu abordé au cinéma. Le problème de ce film mineur c’est qu’en dépit de ses bonnes intentions, il ne parvient justement pas à se transformer en haut-parleur de ce mal-être de niche.

La mise en scène, faiblarde, mutliplie les points de vue (celle de l’assistant familial, de la mère adoptive, de l’éducatrice spécialisée) et s’éparpille. Quant au scénario, il s’égare dans des directions hasardeuses (la relation ambiguë entre Sandrine Kiberlain et Gilles Lellouche, pas franchement intéressante) sans jamais s’attacher à un personnage précis. Résultat, l’émotion peine à trouver une brèche par laquelle s’engouffrer. Reste le côté pédagogique de la démarche, intéressante et pertinente, qui est appréciable à suivre.

Conclusion : pourquoi pas

Dark Waters

De : Todd Haynes
Avec : Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins
2019

Inspiré d’une histoire vraie, Dark Waters retrace le combat de longue haleine d’un avocat, Rob Bilott, contre le géant de l’industrie chimique DuPont (à qui on doit le fameux Téflon). L’histoire est banale : une grosse entreprise empoisonne en douce et depuis des années des rednecks de Virginie Occidentale. Personne n’est au courant de rien, personne ne veut rien dire, tout le monde est plus ou moins malade sans cause apparente. Un homme, seul contre tous, va dédier sa vie pour rétablir la justice. 

Difficile de passer après Erin Brockovich dans le format David contre Goliath. Si Julia Roberts jouait sur l’émotion et le rire (une chômeuse abonnée aux galères s’improvise avocate du petit peuple), Mark Ruffalo éclate à l’écran dans son rôle d’avocat spécialisé dans les grosses entreprises chimiques se retrouvant à attaquer… un client. L’acteur, méconnaissable, porte à lui seul sur ses épaules le film de Todd Haynes. La justesse de son jeu, conjuguée à la sobriété de la mise en scène, confère au film une certaine tenue. Seul bémol, le rythme. A durée presque égale (2h environ) le classique de Soderbergh est plus digeste. En cause peut-être, le piquant de son héroïne ou encore l’atmosphère solaire, moins usante sur la longueur que l’atmosphère mortifère du biopic de Todd Haynes. Qu’importe, le spectacteur suit le coeur serré le bras de fer de cet homme courage jusqu’à l’accélaration finale, plutôt inattendue. 

Conclusion : à voir abolument

The Florida Project

De : Sean Baker
Avec : Brooklynn Prince, Bria Vinaite, Valeria Cotto
2017

La Floride, ses plages clinquantes, ses palmiers de carte postale et sa misère sociale. A l’ombre de Disney World, des motels où s’entasse à l’année la classe moyenne basse, celle qui vit d’économie de bout de chandelles. Là, vit Moonee (Brooklynn Prince), 6 ans, et sa mère Halley (Bria Vinaite).

The Florida Project porte bien son nom, celui d’un projet : ouvrir les yeux du spectateur sur une autre réalité. Inutile dès lors d’essayer de broder de belles histoires avec des rebondissements, de l’action, ou de l’émotion en carton-pâte, puisqu’on frôle ici le documentaire. Ainsi, niveau réalisation, Sean Baker a choisi de faire au plus simple. Sa caméra circule de long en large dans les corridors encombrés de vélos d’enfants, lorsqu’elle ne s’installe pas dans le capharnaüm de la chambre de motel de Moonee et sa mère. Pas de misérabilisme pour autant, juste le quotidien d’une fillette dont l’espièglerie crève l’écran. Car ici les enfants acteurs improvisent et ça se sent : les dialogues spontanés se mêlent aux rires des gamins trop contents d’obtenir des glaces gratuites à force d’astuce. A cela, s’ajoute la bonhommie d’un gérant (Willem Dafoe, parfait). On toucherait presque à la farce si la fin, véritable coup de poignard, nous rappellait pas que l’innocence a toujours une fin.

Conclusion : à voir

90’s

De : Jonah Hill
Avec : Sunny Suljic, Katherine Waterston, Olan Prenatt
2018

Stevie, 13 ans, est en manque de repères. Fils cadet d’une jeune mère célibataire, il ne peut pas vraiment compter sur son grand frère, ce dernier ne manquant pas une occasion pour lui taper dessus. Une seule solution, regarder du côté de la rue et d’un groupe de skateurs, plus cools que cools.

Ce premier film de l’acteur Jonah Hill ne laisse pas indifférent. Déjà, de par sa dimension intimiste puisqu’il s’inspire directement de l’enfance du réalisateur en herbe. Ensuite, parce que cette intimité est portée aux nues par une réalisation sans fioritures. Le format (16mm) et la durée (1h25) offrent à ce beau portrait d’adolescent un écrin à la simplicité rafraîchissante. La bouille du jeune Sunny Suljic (Stevie à l’écran) accroche d’entrée la sympathie du spectacteur qui suit dès lors avec beaucoup d’intérêt ses premiers pas dans la cours des grands. Entre premières taffs et tentatives attendrissantes de « faire cool », le garçon émeut au fur et à mesure que le film avance. Modeste et honorable.

Conclusion : pourquoi pas

33

Chambre 212

De : Christophe Honoré
Avec : Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste
2019

Le jour où son mari découvre qu’elle le trompe, Maria (Chiara Mastroianni) ne se laisse pas démonter. Elle assure qu’après 20 ans de mariage, il fallait bien s’y attendre. Et puis c’est que sexuel après tout. Mais pas pour Richard (Benjamin Biolay). Afin de faire le point, Maria prend son sac et s’installe le temps d’un nuit à l’hôtel d’en face. De là, elle peut contempler son passé, son présent, son avenir.

Le pitch est si classique qu’on en baillerait déjà. Mais après tout, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Christophe Honoré aurait pu livrer un mélo dans les formes, doux-amer, sur une presque quinqua en crise de couple. Il n’en est rien. Le réalisateur se déguise ici en dramaturge, monte un théâtre entre la chambre d’hôtel de Madame et l’appartement de Monsieur. Un espace qui se transforme vite en pur fantasme onirique. Là, entrent en scène un Richard avec 20 ans de moins (Vincent Lacoste) et Irène (Camille Cottin), l’amante éconduite par l’époux. Deux fantômes qui viennent converser tantôt avec l’un tantôt avec l’autre, dans la perspective de comprendre ce qui s’est passé pour que le couple en arrive là.

On comprends bien le projet. Celui d’évoquer les remords et les regrets amoureux de n’importe quel couple que les années émoussent. Et le cinéaste de prendre plaisir à jouer de la caméra, à sortir de sa malle des effets de mise en scène farfelus pour poétiser le propos, l’alléger aussi. Et pourtant, rien à faire, on baille quand même. L’incessant bavardage du triangle d’acteurs épuise mais surtout ennuie. La poésie fabriquée des dialogues tombe dans le vide et n’émeut jamais le spectacteur, peu concerné finalement par les caprices très superficiels d’une Chiara Mastroianni haut perchée dans son personnage. La porte de cette Chambre 212 semble grande ouverte à des acteurs qui s’amusent entre eux. Quant au spectacteur, il restera sur le pallier.

Conclusion : à éviter

Aladdin


De : Guy Ritchie
Avec : Will Smith, Mena Massoud, Naomi Scott
2019

Faut-il encore présenter l’histoire d’Aladdin en 2019 ? En deux mots, une histoire d’amour contrariée : lui, Aladdin, traîne dans la poussière du bled et vole son pain, elle, princesse Jasmine, s’ennuie ferme dans son palais. Mais comment la séduire ? Comment esquiver la barrière sociale ? En frottant la lampe et en faisant appel à un génie bien sûr. Si seulement c’était aussi facile…

Avec ses 183 millions de dollars de budget (contre 13,5 millions pour Crawl en comparaison) et son réalisateur reconnu à la barre (Guy Ritchie, à qui l’on doit Snatch ou encore Sherlock Holmes), Aladdin réussit son pari. En témoignent les chiffres : près d’un milliard de dollars encaissés dans le monde entier. Un succès facile c’est certain (le pouvoir de la nostalgie), justifié pas sûr. Si on est prêt à passer outre les costumes kitschs à en faire mal aux yeux, on a plus de mal avec le montage clipesque digne d’une montagne russe. Le nombre d’images par minute donne la nausée, à l’instar des coups de scalp exercés ici et là sur le film originel. Le mastodonte Disney pèse sur la réalisation et ça se sent : le gentil politiquement incorrect du Disney de 1992 (personnages dénudés, violence toute en suggestion mais présente, double lecture des blagues du génie…) est complètement banni ici. Reste la moelle de l’histoire et ce vent de nostalgie qui traverse les générations et balaye – presque – la lourdeur de l’ensemble. Une madeleine de Proust pas forcément facile à digérer mais agréable malgré tout.

Conclusion : pourquoi pas