Critiques DVD

Critiques express des films sortis en DVD.

Faute d’amour

De : Andrey Zvyagintsev
Avec : Maryana Spivak, Alexey Rozin, Matvey Novikov
2018

Boris et Genia se sont mariés trop jeunes, trop vite et trop mal. Pour ne rien arranger, un enfant a été conçu :  Aliocha, 12 ans. Alors que le couple est en plein divorce, l’enfant disparait subitement.

Lors d’une séparation, l’enfant est souvent considéré comme l’unique chose réussie d’un mariage raté. En cause, l’amour parental, évidemment, pour cette source de bonheur, cet être porteur de réconfort. Pour Genia et Boris c’est l’inverse. Ce fils est un nuisible, un boulet, un poids mort qui les empêche respectivement de tourner la page de leur relation, d’avancer dans leur vie amoureuse respective.

On imagine que la disparition d’Aliocha va rabibocher le couple. Le spectateur compte sur la sempiternelle révélation vue et revue au cinéma : celle qui ouvre les yeux au parent indigne et égoïste. On attend les confessions larmoyantes, le pathos, la prise de conscience. La force du drame familial d’Andrey Zvyagintsev c’est qu’il saborde toutes ces attentes. Genia et Boris n’ont pas de mots doux l’un envers l’autre. Si les larmes éclatent, la culpabilité, la remise en question, elles, n’explosent jamais. Pourtant, on comprend clairement qu’ils payent cher le prix de leur « Faute d’amour », celle de pas en avoir eu pour leur fils. Et ce, même si le réalisateur s’abstient, avec intelligence, de toute démarche démonstrative. La dureté de la mise en scène, déconcertante vis-à-vis de la sensibilité du sujet, se charge de faire passer le message : la domination écrasante du plan fixe, les dialogues coupants et la photographie polaire se chargent avec brio de la puissance dramatique. Un « Prix du jury » du festival de Cannes 2017 à voir, tout simplement. 

Conclusion : à voir

Disponible en replay sur Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/070717-000-A/faute-d-amour/

Belle épine


De : Rebecca Zlotowski
Avec : Léa Seydoux, Anaïs Demoustier, Agathe Schlencker
2010

Avec son regard frondeur et sa petite moue, Prudence Friedman, 17 ans, semble vouloir en découdre avec la vie. Sans attaches parentales, l’adolescente traîne entre son appartement vide et la chambre de camarades. Mais les sirènes de la rue, celles d’une bande de loubards en bécanes trafiquées, sont trop fortes.

On comprend vite où Rebecca Zlotowski, 30 ans à l’époque, veut en venir avec ce premier long-métrage. Brosser le tableau d’une adolescente ballottée par la vie, livrée à elle-même, en lutte avec les mauvais garçons pour arracher un semblant d’attention peut-être, d’amour sûrement. Le problème c’est que ce drame modeste ne sent ni l’adrénaline des échappées sauvages, ni l’émotion pubère. L’image baigne dans une mélancolie morne, à l’instar de son héroïne, Léa Seydoux, d’une mollesse que certains jugeront poétique, d’autres stérile. Les dialogues hachés (les personnages machent leurs paroles) servent les brides d’un scénario qui se plait à taire certaines réponses (pourquoi Prudence ne va-t-elle pas au lycée ? Où sont réellement ses parents ? Qui sont ses « camarades » ?). Un premier film brut de décoffrage qui plait ou pas.

Conclusion : à éviter

Liaison fatale


De : Adrian Lyne
Avec : Glenn Close, Michael Douglas, Anne Archer
1987

Femme, enfant, labrador, boulot stable… Dan rassemble (Michael Douglas, impeccable) tous les ingrédients de la vie paisible et ronronnante. Et puis, il y a cette soirée, cette rencontre avec Alex (Glenn Close, stupéfiante). Cette blonde, c’est de la dynamite. Un week-end avec elle et l’équilibre de sa vie explose.

En grand classique, Liaison Fatale encaisse plutôt bien le poids des année. Cette histoire de triangle amoureux, vieille comme le monde, est toujours aussi fascinante. L’efficacité impérissable vient d’abord de la réalisation. Personne n’absorbe aussi bien sur pellicule le parfum capiteux de l’infidelité que Adrian Lyne (à qui on doit le scabreux Infidèle). L’aura vénéneuse de Glenn Close, envoûtante avec son physique de vamp, imprègne chaque plan, chaque scène. La mise en scène, loin d’être ringarde pour un film de cette cuvée, est d’une vraie justesse.

Conclusion : à voir

Pupille

De : Jeanne Herry
Avec : Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez
2018

De l’accouchement sous X à l’adoption validée de l’enfant que se passe-t-il ? Tout le monde sait, par ouï-dire, que le processus est long et laborieux. Mais qu’en est-il vraiment ? Quelles sont les subtilités de la procédure ? Quelles en sont les différentes étapes ?

Le dessein de Pupille est plus qu’honorable, puisque la réalisatrice – qui s’est inspirée de l’expérience vécue d’une amie – entend faire raisonner la souffrance invisible de ces familles en mal d’enfant. Un sujet à fleur de peau finalement peu abordé au cinéma. Le problème de ce film mineur c’est qu’en dépit de ses bonnes intentions, il ne parvient justement pas à se transformer en haut-parleur de ce mal-être de niche.

La mise en scène, faiblarde, mutliplie les points de vue (celle de l’assistant familial, de la mère adoptive, de l’éducatrice spécialisée) et s’éparpille. Quant au scénario, il s’égare dans des directions hasardeuses (la relation ambiguë entre Sandrine Kiberlain et Gilles Lellouche, pas franchement intéressante) sans jamais s’attacher à un personnage précis. Résultat, l’émotion peine à trouver une brèche par laquelle s’engouffrer. Reste le côté pédagogique de la démarche, intéressante et pertinente, qui est appréciable à suivre.

Conclusion : pourquoi pas

The Florida Project

De : Sean Baker
Avec : Brooklynn Prince, Bria Vinaite, Valeria Cotto
2017

La Floride, ses plages clinquantes, ses palmiers de carte postale et sa misère sociale. A l’ombre de Disney World, des motels où s’entasse à l’année la classe moyenne basse, celle qui vit d’économie de bout de chandelles. Là, vit Moonee (Brooklynn Prince), 6 ans, et sa mère Halley (Bria Vinaite).

The Florida Project porte bien son nom, celui d’un projet : ouvrir les yeux du spectateur sur une autre réalité. Inutile dès lors d’essayer de broder de belles histoires avec des rebondissements, de l’action, ou de l’émotion en carton-pâte, puisqu’on frôle ici le documentaire. Ainsi, niveau réalisation, Sean Baker a choisi de faire au plus simple. Sa caméra circule de long en large dans les corridors encombrés de vélos d’enfants, lorsqu’elle ne s’installe pas dans le capharnaüm de la chambre de motel de Moonee et sa mère. Pas de misérabilisme pour autant, juste le quotidien d’une fillette dont l’espièglerie crève l’écran. Car ici les enfants acteurs improvisent et ça se sent : les dialogues spontanés se mêlent aux rires des gamins trop contents d’obtenir des glaces gratuites à force d’astuce. A cela, s’ajoute la bonhommie d’un gérant (Willem Dafoe, parfait). On toucherait presque à la farce si la fin, véritable coup de poignard, nous rappellait pas que l’innocence a toujours une fin.

Conclusion : à voir

90’s

De : Jonah Hill
Avec : Sunny Suljic, Katherine Waterston, Olan Prenatt
2018

Stevie, 13 ans, est en manque de repères. Fils cadet d’une jeune mère célibataire, il ne peut pas vraiment compter sur son grand frère, ce dernier ne manquant pas une occasion pour lui taper dessus. Une seule solution, regarder du côté de la rue et d’un groupe de skateurs, plus cools que cools.

Ce premier film de l’acteur Jonah Hill ne laisse pas indifférent. Déjà, de par sa dimension intimiste puisqu’il s’inspire directement de l’enfance du réalisateur en herbe. Ensuite, parce que cette intimité est portée aux nues par une réalisation sans fioritures. Le format (16mm) et la durée (1h25) offrent à ce beau portrait d’adolescent un écrin à la simplicité rafraîchissante. La bouille du jeune Sunny Suljic (Stevie à l’écran) accroche d’entrée la sympathie du spectacteur qui suit dès lors avec beaucoup d’intérêt ses premiers pas dans la cours des grands. Entre premières taffs et tentatives attendrissantes de « faire cool », le garçon émeut au fur et à mesure que le film avance. Modeste et honorable.

Conclusion : pourquoi pas

33

The Upside

De : Neil Burger
Avec : Kevin Hart, Bryan Cranston, Nicole Kidman
2019

Faut-il encore pitcher l’histoire d’Intouchables du tandem Olivier Nakache et Éric Toledano ? Car pour ceux qui ne le sauraient pas, The Upside se présente comme le remake US du film français aux 19 millions de spectacteurs. Pour rappel, la comédie dramatique s’inspire de la relation surprenante entre un aristocrate tétrapégique et son auxilaire de vie, un jeune de banlieue fraîchement sorti de prison.

En apparence, peu d’intérêt à relire une histoire que l’on connait déjà, si ce n’est cette curiosité devant la belle brochette d’acteurs que voilà (Nicole Kidman, Bryan Cranston et surtout Kevin Hart, la star du rire US). A cela, s’ajoute le nom de Neil Burger (Divergent, l’Illusionniste, Limitless) à la mise en scène. Le ligne est lancée, il n’y a plus qu’à attendre que ça morde. 2h06 plus tard, le résultat est là, mi-figure, mi-raisin : The Upside suit très (trop) docilement la trame de son modèle et peine à atteindre son émotion. A l’inverse, cette nouvelle version s’avère curieusement beaucoup plus drôle que l’original. Merci à la verve de Kevin Hart, dont le bagou et le bon mot assure la bonne cadence du film. Plaisant.

Conclusion : pourquoi pas. 

The kindergarten teacher

MV5BZDIxNjIwNjktZTQzNS00ODI1LTkyZGItNDhkYjJlM2FhODcyXkEyXkFqcGdeQXVyMTMxODk2OTU@._V1_.jpg (1500×2172)De : Sara Colangelo
Avec : Maggie Gyllenhaal, Michael Chernus, Gael García Bernal
2018

En qualité de professeur des écoles, Lisa Spinelli (Maggie Gyllenhaal, son meilleur rôle de loin) excelle. Hélas pour elle, c’est loin d’être le cas en classe de poésie, cours du soir qu’elle suit avec assiduité à la fac. Ses poèmes, par leur médiocrité, lui reflètent ses propres échecs. Et puis un jour, l’illumination. Jimmy, l’un de ses petiots de 5 ans, improvise un haïku éclatant.

Oubliez les personnages de professeur des écoles peinturlurés de comique comme on voit ad nauseam depuis l’invention du cinéma. Dès la première scène, lorsqu’elle rentre dans sa salle de classe et ouvre les stores, Maggie Gyllenhaal installe une sinistrose prégnante qui s’infiltrera dans tous les plans. Pourtant, elle n’est pas vraiment dépressive. Non. Lisa est comme tout le monde. Enlisée dans un mariage routinier, mise à l’écart par ses deux grands enfants enfermés dans leur smartphone, elle cherche juste à s’échapper, à trouver un peu de lumière dans sa vie morne. Et tant pis si cela revient à spolier le don d’un enfant, tant que ça lui permet de vivre par procuration cette vie d’artiste dont elle a toujours tant rêvé. De ce processus malsain, viscéralement désagréable à observer, le film tire sa force. Entre malaise et compassion, frisson et émotion, le spectateur se sent bousculé par cette femme. Celle-ci même qui vampirise un enfant sans vergogne, et, en même temps, s’acharne à le sauver d’une société impitoyable qui s’intéresse plus aux écrans qu’à l’art pur. Comment la juger ?

tkt017_wide-425495f6cd37a466dd451fd6bb4d4f6ad23b0d92.jpg (1400×787)x1080-SPG.jpg (1920×1080)
the-kindergarten-teacher-review.jpeg (1400×788)

3 films à émotions à découvrir sur Netflix

En voyage, sur les routes ou dans la salle d’embarquement, affalé dans son hamac au crépuscule ou juste parce qu’on a la flemme de ramper jusqu’à la télé, trois films à émotions téléchargeables sur smartphone et tablette à mater sans violenter ses neurones.

Newness


De :  Drake Doremus
Avec : Nicholas Hoult, Laia Costa, Danny Huston
2017

Quand certains sirotent leur café avant d’aller au boulot ou bavardent avec leurs collègues, Gaby (douce-amère Laia Costa) et Martin (Nicholas Hoult, parfait), eux, swipent sur leur téléphone. A gauche, à droite, un coeur, une croix. Les célibataires adeptes des appli de rencontres comprendront. Un rencard par soir, parfois deux si le premier se passe mal. Du sexe junk food, sur place – et peut-être à emporter ? – dans l’espoir vain d’accéder au ressentir.

Peu de cinéastes ont vraiment fouillé, avec sincérité et sans fioritures, le malaise sentimental de cette génération de paumés dont le mot « Amour » fait désormais partie de la défintion « smartphone ». Les vieux sages de la romance (Woody Allen, Richard Curtis, Rob Marshall…) sur le banc de touche, le sujet revient donc aux jeunes cinéastes. Drake Doremus (35 printemps) en l’occurence. Sans jugements, le réalisateur filme avec une pudeur moelleuse la rencontre de ces deux rejetons de la génération Y. Névrosés, chichiteux, addicts à la facilité, phobiques de la douleur… difficile pour le jeune spectateur de rester de marbre face aux destins de ces trentenaires égarés dans la jungle Tinderienne. Se débattre avec sa peur de l’autre – celle de dévoiler son vrai « moi » – ou encore de tirer un trait sur un passé émotionnel révolu… Psychologique, mélancolique, charnel, Newness tire de sa lenteur réflexive une illustration profondément juste de cette génération.



Last Night

De : Massy Tadjedin
avec : Keira Knightley, Sam Worthington, Eva Mendes
2011

« Tu crois qu’on s’est mariés trop tôt ? ». Quand Joanna (Keira Knightley, captivante) surprend le regard de son époux Michael (Sam Worthington, qu’on ne voit pas assez) sur Laura (Eva Mendès), sa collègue de travail, son sang ne fait qu’un tour. Comment gérer le désir pour un(e) autre dans son couple ? Faut-il reconnaître son attraction et en parler, ou au contraire tout faire pour l’étouffer ? 

Résister ou se laisser tenter. Un dilemme cornélien aux accents de supplice domestique que la réalisatrice va imposer à chacun de ses deux personnages le temps d’une nuit, d’une seule. Du côté de Joanna, la tentation prend l’apparence d’un ex (fringuant Guillaume Canet) croisé au hasard au café. Pour ce qui est de Michael, c’est l’habituel congrès à l’autre bout du pays avec la dite collègue, forcément. L’élément perturbateur posé des deux côtés, le spectateur n’a plus qu’à sortir le pop-corn et parier sur qui craquera (ou pas) le premier. Pour se faire, la caméra souple et intrusive, nous invite à regarder par le trou de la serrure. Et c’est parti pour 1h à s’approprier la tension, le doute de chacun, à ressentir le bouillonnement hormonal contagieux de chaque personnage. Jusqu’à l’apogée finale, hélas plutôt décevant dans sa tiédeur. 

Potins de femmes

De : Herbert Ross
Avec : Julia Roberts, Sally Field, Shirley MacLaine
1989

Une petite ville de Louisiane. Le salon de beauté de Trudy ? The place to be pour M’Lynn, Claire Ouiser, Shelby ou encore Annelle. Des potins du quartier aux confessions de vie, rien de mieux que les odeurs de laque et d’acétone pour accompagner les récits.

A regarder de plus près, Potins de femmes ressemble beaucoup à son affiche très VHS : pimpant, haut en couleur, kitsch à souhait et plein de vie. Il faut dire que cette comédie vintage se fiche bien des impératifs actuels du genre. Ici, pas de grands élans romanesques, d’enjeux ou de situations rocambolesques. Les personnages, Mr et Mme Tout-le-monde, sont entiers, un peu ennuyeux, peut-être, pour le spectateur de 2018, attachants certainement pour le cinéphile nostalgique des comédies des années 90. Soit de celles qui misaient sur l’émotion simple, sur l’effet des dialogues, plus que sur le gros rire. Une comédie féminine pas si neuneu qu’elle en a l’air à déguster comme une friandise.

Dogville


De : Lars von Trier
Avec : Nicole Kidman, Paul Bettany, Stellan Skarsgård
2003

Dogville, petite bourgade américaine en périphérie des grandes routes, communauté réduite à une trentaine, à peine, d’habitants. Un trou perdu pas bien méchant, en somme, pour Grace (Nicole Kidman), fugitive en recherche d’un coin tranquille où se cacher d’étranges mafiosos. Sauf que parfois, la méchanceté n’est pas toujours là ou on l’attend.

L’individu face à la société, à la communauté, au groupe. Ou comment ce dernier se coordonne, s’organise, consciemment ou non, pour broyer, mener à sa perte une brebis égarée. Breaking the Waves, Dancer in the Dark et Dogville reprennent ce schéma (Antichrist, Nymphomaniac ou Melancholia se concentrent, eux, sur la déliquescente progressive et chaotique d’une conscience repliée sur elle-même). La caméra suit ici l’intégration sociale de la bienveillante Grace, déterminée à gagner la confiance d’une communauté hésitante à cacher une fugitive recherchée par des mafiosos comme par la police. 2h59 d’efforts, de labeur, de souffrances pour une héroïne que Lars von Trier – sans pitié, comme toujours – déplace comme un pion sur la carte mentale que constitue le décor de l’histoire. Et c’est là le plus déroutant. Pas de construction à l’ordinateur ni de tournage en plein air, mais une scène de théâtre XXL avec ses traçages sommaires sur le sol, ses suggestions imaginaires. Au spectateur de récréer la ville.

Un abandon du décor traditionnel pour se concentrer sur l’essentiel : l’acidité des rapports humains, la cruauté des petits gens face à l’étrangère. Si le dispositif peu commun fonctionne plutôt bien jusqu’au renversement final, plutôt jouissif, on peut se poser la question de son intérêt à être développé sur 3h de pellicule. Bien sûr, la fragilité magnétique de Nicole Kidman subjugue chaque plan, contrastant avec la violence ambiante très crue. Mais le traitement inégal des personnages et la mise en scène volontairement nonchalante finissent pas atteindre le mordant d’un scénario qui en a pourtant sérieusement sous le capot.