chambre d’hotel

Chambre 212

De : Christophe Honoré
Avec : Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste
2019

Le jour où son mari découvre qu’elle le trompe, Maria (Chiara Mastroianni) ne se laisse pas démonter. Elle assure qu’après 20 ans de mariage, il fallait bien s’y attendre. Et puis c’est que sexuel après tout. Mais pas pour Richard (Benjamin Biolay). Afin de faire le point, Maria prend son sac et s’installe le temps d’un nuit à l’hôtel d’en face. De là, elle peut contempler son passé, son présent, son avenir.

Le pitch est si classique qu’on en baillerait déjà. Mais après tout, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Christophe Honoré aurait pu livrer un mélo dans les formes, doux-amer, sur une presque quinqua en crise de couple. Il n’en est rien. Le réalisateur se déguise ici en dramaturge, monte un théâtre entre la chambre d’hôtel de Madame et l’appartement de Monsieur. Un espace qui se transforme vite en pur fantasme onirique. Là, entrent en scène un Richard avec 20 ans de moins (Vincent Lacoste) et Irène (Camille Cottin), l’amante éconduite par l’époux. Deux fantômes qui viennent converser tantôt avec l’un tantôt avec l’autre, dans la perspective de comprendre ce qui s’est passé pour que le couple en arrive là.

On comprends bien le projet. Celui d’évoquer les remords et les regrets amoureux de n’importe quel couple que les années émoussent. Et le cinéaste de prendre plaisir à jouer de la caméra, à sortir de sa malle des effets de mise en scène farfelus pour poétiser le propos, l’alléger aussi. Et pourtant, rien à faire, on baille quand même. L’incessant bavardage du triangle d’acteurs épuise mais surtout ennuie. La poésie fabriquée des dialogues tombe dans le vide et n’émeut jamais le spectacteur, peu concerné finalement par les caprices très superficiels d’une Chiara Mastroianni haut perchée dans son personnage. La porte de cette Chambre 212 semble grande ouverte à des acteurs qui s’amusent entre eux. Quant au spectacteur, il restera sur le pallier.

Conclusion : à éviter

Taj Mahal : l’avant, le pendant, et l’après

Taj Mahal, Affiche

De : Nicolas Saada
Avec : avec Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee
2015

2008. Louise (Stacy Martin), 18 ans, suit ses parents à Bombay dans le cadre de la mutation professionnelle de son père. En attendant de récupérer leur maison sur place, la famille loge au Taj Mahal, hôtel luxueux du centre-ville. Un soir, alors que ses parents sont de sortie, Louise entend des détonations au rez-de-chaussée. 

Tout le monde (ou presque) se rappelle des attentats coordonnés de Bombay durant lesquels deux grands hôtels ont été touchés. Une attaque terroriste d’ordre public, transformée par Nicolas Saada en drame pudique, concentré sur l’unité familiale. En témoigne la caméra, scotchée dans un premier temps au visage de l’adolescente diaphane, visage européen perdu dans la foule grouillante, puis à son corps animal, recroquevillé quand la menace survient. Un danger interne qui alimente la terreur de Louise, mais aussi du spectateur, car hors champs la plupart du temps. L’attente, les coups de fil aux parents, cette recherche de la meilleure cachette et… ce sentiment désagréable de déjà-vu, de réalisme morbide. Une émotion vivace, actuelle, qui a le mérite de balayer quelques incohérences de scénario, et excuser la platitude de jeu des acteurs. 

Anecdote : « Nous pensons que face à l’obscurantisme, à la terreur, à l’indicible, le Cinéma est là pour ouvrir au dialogue. Il nous permet dans ces moments difficiles de regarder le monde tel qu’il est. Et nous sommes certains que reculer aujourd’hui, c’est capituler demain. » a déclaré le distributeur,  Bac Films, sur la décision de maintenir la date de sortie du film suite aux attentats parisiens.