film français

Pupille

De : Jeanne Herry
Avec : Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez
2018

De l’accouchement sous X à l’adoption validée de l’enfant que se passe-t-il ? Tout le monde sait, par ouï-dire, que le processus est long et laborieux. Mais qu’en est-il vraiment ? Quelles sont les subtilités de la procédure ? Quelles en sont les différentes étapes ?

Le dessein de Pupille est plus qu’honorable, puisque la réalisatrice – qui s’est inspirée de l’expérience vécue d’une amie – entend faire raisonner la souffrance invisible de ces familles en mal d’enfant. Un sujet à fleur de peau finalement peu abordé au cinéma. Le problème de ce film mineur c’est qu’en dépit de ses bonnes intentions, il ne parvient justement pas à se transformer en haut-parleur de ce mal-être de niche.

La mise en scène, faiblarde, mutliplie les points de vue (celle de l’assistant familial, de la mère adoptive, de l’éducatrice spécialisée) et s’éparpille. Quant au scénario, il s’égare dans des directions hasardeuses (la relation ambiguë entre Sandrine Kiberlain et Gilles Lellouche, pas franchement intéressante) sans jamais s’attacher à un personnage précis. Résultat, l’émotion peine à trouver une brèche par laquelle s’engouffrer. Reste le côté pédagogique de la démarche, intéressante et pertinente, qui est appréciable à suivre.

Conclusion : pourquoi pas

Chambre 212

De : Christophe Honoré
Avec : Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste
2019

Le jour où son mari découvre qu’elle le trompe, Maria (Chiara Mastroianni) ne se laisse pas démonter. Elle assure qu’après 20 ans de mariage, il fallait bien s’y attendre. Et puis c’est que sexuel après tout. Mais pas pour Richard (Benjamin Biolay). Afin de faire le point, Maria prend son sac et s’installe le temps d’un nuit à l’hôtel d’en face. De là, elle peut contempler son passé, son présent, son avenir.

Le pitch est si classique qu’on en baillerait déjà. Mais après tout, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Christophe Honoré aurait pu livrer un mélo dans les formes, doux-amer, sur une presque quinqua en crise de couple. Il n’en est rien. Le réalisateur se déguise ici en dramaturge, monte un théâtre entre la chambre d’hôtel de Madame et l’appartement de Monsieur. Un espace qui se transforme vite en pur fantasme onirique. Là, entrent en scène un Richard avec 20 ans de moins (Vincent Lacoste) et Irène (Camille Cottin), l’amante éconduite par l’époux. Deux fantômes qui viennent converser tantôt avec l’un tantôt avec l’autre, dans la perspective de comprendre ce qui s’est passé pour que le couple en arrive là.

On comprends bien le projet. Celui d’évoquer les remords et les regrets amoureux de n’importe quel couple que les années émoussent. Et le cinéaste de prendre plaisir à jouer de la caméra, à sortir de sa malle des effets de mise en scène farfelus pour poétiser le propos, l’alléger aussi. Et pourtant, rien à faire, on baille quand même. L’incessant bavardage du triangle d’acteurs épuise mais surtout ennuie. La poésie fabriquée des dialogues tombe dans le vide et n’émeut jamais le spectacteur, peu concerné finalement par les caprices très superficiels d’une Chiara Mastroianni haut perchée dans son personnage. La porte de cette Chambre 212 semble grande ouverte à des acteurs qui s’amusent entre eux. Quant au spectacteur, il restera sur le pallier.

Conclusion : à éviter

Festival de Cannes 2016 : La Danseuse

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De : Stéphanie Di Giusto
Avec : Soko, Lily-Rose Melody Depp, Gaspard Ulliel
2016

Peu de personnes connaissent le destin de Loïe Fuller, danseuse américaine et pionnière de la danse moderne de la fin du XIXème siècle. De ce biopic de niche, attrayant par la brillance de son casting, on retiendra deux choses : la performance habitée de la fascinante Soko, dont le talent et l’audace des choix ne sont plus à prouver, et la beauté astrale des quelques scènes de danse. Quelle tristesse dès lors que Stéphanie Di Giusto s’enferme dans un corset scénaristique bordé de dialogues. Sa Danseuse aurait gagné en personnalité, en folie et force de caractère si une signature marquée avait été clairement apposée. Reste le personnage captivant de Gaspard Ulliel qui confirme ici son gout pour les rôles de loup solitaire, fortuné et silencieux. Ses brèves apparitions, fulgurantes, font froids dans le dos, saupoudrant ce biopic classique d’un mysticisme classieux loin d’être désagréable.

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Soko-et-Lily-Rose-Depp-decouvrez-la-premiere-photo-de-La-Danseuse

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