huis clos

Parasite


De : Bong Joon-ho
Avec : Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong
2019

Toute la famille de Ki-taek est au chômage. Un jour, le jeune garçon trouve un emploi de professeur particulier chez les Park, une riche famille coréenne. L’occasion pour lui d’introduire sa mère, son père et sa soeur au sein du foyer en usant des plus insidieuses stratégies.

Peu nombreux sont les Palme d’or à avoir remporté l’adhésion du public et des professionnels du cinéma. Parasite fait partie de ces élus. A bientôt deux mois de sa sortie en salle, le film de Bong Joon-ho continue d’attirer le chaland en salle obscure (plus d’un million de spectateurs à ce jour). Pour cause, son drame tragi-comique sur cette famille d’imposteurs déterminée, coûte que coûte, à obtenir sa part du gâteau est brillant en tous points.

Dès la première scène, Bong Joon-ho donne le ton : Ki-taek tente de grappiller du Wifi gratuit dans le sous-sol insalubre où (sur)vit la tribu. Il y parviendra… près des WC. Côté spectateurs, on rit doucement, légèrement mal à l’aise de trouver de l’humour dans cette misère si peu fictionnelle. Et c’est là le tour de force de ce film pas aussi conventionnel qu’il semble l’être. Le brio réside dans cet équilibre magistral, suivi à la ligne tout du long entre éclats d’humour noir et arrière-fond dramatique. Pas de gros rire, mais du comique de situation, nuancé, égrené à travers une galerie de personnages subtils et jamais caricaturaux. La critique sociale est bien évidemment là, dans l’écart entre famille pauvre et famille riche, mais il n’est jamais forcé. Pas de manichéisme non plus, puisqu’aucun méchant n’est jamais vraiment désigné. Au fond, qui parasite qui ? Pas si simple, tant le scénario ouvre au fur et à mesure de nouveaux tiroirs dans un habile procédé de poupée russe. Les portes du cinéma franchies, la question reste en suspend, preuve de l’intelligence de l’écriture. Ingénieux, filmé avec élégance, un film à voir, sans nul doute.

Conclusion : A voir absolument

Résultat de recherche d'images pour "parasite movie"

Résultat de recherche d'images pour "parasite film"

Dogville


De : Lars von Trier
Avec : Nicole Kidman, Paul Bettany, Stellan Skarsgård
2003

Dogville, petite bourgade américaine en périphérie des grandes routes, communauté réduite à une trentaine, à peine, d’habitants. Un trou perdu pas bien méchant, en somme, pour Grace (Nicole Kidman), fugitive en recherche d’un coin tranquille où se cacher d’étranges mafiosos. Sauf que parfois, la méchanceté n’est pas toujours là ou on l’attend.

L’individu face à la société, à la communauté, au groupe. Ou comment ce dernier se coordonne, s’organise, consciemment ou non, pour broyer, mener à sa perte une brebis égarée. Breaking the Waves, Dancer in the Dark et Dogville reprennent ce schéma (Antichrist, Nymphomaniac ou Melancholia se concentrent, eux, sur la déliquescente progressive et chaotique d’une conscience repliée sur elle-même). La caméra suit ici l’intégration sociale de la bienveillante Grace, déterminée à gagner la confiance d’une communauté hésitante à cacher une fugitive recherchée par des mafiosos comme par la police. 2h59 d’efforts, de labeur, de souffrances pour une héroïne que Lars von Trier – sans pitié, comme toujours – déplace comme un pion sur la carte mentale que constitue le décor de l’histoire. Et c’est là le plus déroutant. Pas de construction à l’ordinateur ni de tournage en plein air, mais une scène de théâtre XXL avec ses traçages sommaires sur le sol, ses suggestions imaginaires. Au spectateur de récréer la ville.

Un abandon du décor traditionnel pour se concentrer sur l’essentiel : l’acidité des rapports humains, la cruauté des petits gens face à l’étrangère. Si le dispositif peu commun fonctionne plutôt bien jusqu’au renversement final, plutôt jouissif, on peut se poser la question de son intérêt à être développé sur 3h de pellicule. Bien sûr, la fragilité magnétique de Nicole Kidman subjugue chaque plan, contrastant avec la violence ambiante très crue. Mais le traitement inégal des personnages et la mise en scène volontairement nonchalante finissent pas atteindre le mordant d’un scénario qui en a pourtant sérieusement sous le capot.




10 Cloverfield Lane

De : Dan Trachtenberg
Avec : Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher, Jr.
2016

Michelle (Mary Elizabeth Winstead), victime d’un accident de voiture, se réveille dans le sous-sol glauque d’un bunker. Pourquoi ? Comment ? D’après Howard et Emmett, les deux seuls habitants des lieux, tout se résume à une chose : survivre.

Au diapason avec une séquence d’entrée plutôt désarmante de par son silence, Dan Trachtenberg nous plonge dans un thriller pavé d’interrogations. Psychose, folie, manipulation, mensonge… le réalisateur brasse avec brio les ingrédients classiques du genre pour accoucher d’un huis clos propre et prenant. Pas de temps mort, un suspense stable sur toute la longueur et, cerise sur le gâteau, une fin où se devine aisément le plaisir de J.J Abrams, producteur du film.

12 hommes en colère

12-hommes-en-colere-1957-06-g

De : Sidney Lumet
Avec : Henry Fonda, Martin Balsam, Ed Begley
1957

Douze hommes sont réunis dans une salle de tribunal pour statuer sur le sort d’un jeune garçon accusé de parricide. Le principe est simple : le jury doit se mettre d’accord à l’unanimité sur le verdict, coupable ou non coupable. 

Presque 60 ans après sa sortie en salle, que reste-t-il du chef d’oeuvre de Sidney Lumet ? Réponse : un film de procès qui a pris de la bouteille, un peu éventé par moment peut-être, mais qui n’en reste pas moins un excellent cru dans le genre. La barrière du noir et blanc s’oublie vite, tant on se retrouve absorbé par ce débat, ce spectacle où les personnalités se cognent, où les masques tombent, et les attaques fusent. Un huis clos intense et moite, enveloppé d’une lumière magnifique, pour une étude sociologique fascinante.  

Le petit plus : l’atmosphère enfumée, tendue par la chaleur ambiante et le poids des mots. Une atmosphère sensorielle saisissante malgré le noir et blanc.