La vie des autres
L’histoire : 24h. L’unité de temps du récit, un temps nécessaire pour esquisser le portrait d’une femme, Clarissa Dolloway. Une femme dont la seule obsession est de préparer la soirée mondaine qu’elle organise chez elle. Une journée, une seule, pour saisir l’histoire intime de chaque invité, de chaque personne croisée de près ou de loin.
Mon avis : Quiconque a vu et adoré le drame The Hours de Stephen Daldry sera profondément déçu par ce livre, pourtant principale inspiration de l’adaptation filmique. Pourquoi ? Parce que le livre n’a rien à voir (ou presque) avec le film. Il y a bien ici et là quelques similarités : le récit concentré en une journée de plusieurs personnes qui se croisent au fil de l’histoire. Dans les deux formats des personnages mélancoliques, lourds de leur bagage émotionnel. On peut comprendre que Septimus dans « Mrs Dolloway » est Richard (Ed Harris) à l’écran. Le mal-être viscéral des deux personnages et surtout – attention SPOILER – leur fin tragédie commune. Mrs Dolloway est Meryl Streep, femme fortunée, angoissée et agrippée aux apparences. A noter le cas intéressant de Sally, l’ami exubérante de Clarissa sur le papier, transformée en partenaire lesbienne de celle-ci à l’écran. Différence troublante quand on sait que sur le papier le mari de Mrs Dolloway s’appelle… Richard. Sinon Peter Walsh est clairement Louis (Jeff Daniels), le soupirant éconduit de Clarissa/Meryl Streep. Enfin dernier point commun, le ton, dramatique et pesant.
A part ça le livre de Virginia Woolf est difficile à lire. Les sauts de puce incessants entre les personnages, les changements de focalisation, de narrateur, rendent la lecture épineuse. L’histoire à proprement dit n’est pas attachante car inexistante. Pour cause, on pourrait comparer Mrs Dolloway à un collier dont les perles seraient ces histoires, ces thérapies intimes enfilées les unes après les autres et liées par un seul fil : Clarissa Dolloway.
Pour qui ?
– Les férus de romans anglais du XXème siècle (le livre a été écrit en 1925).
– Pour ceux qui ont été intrigués par le personnage de l’écrivaine Virginia Woolf dans The Hours.
– Pour ceux qui aiment les tableaux d’une époque : ici le Londres des années 20. La description de la ville, de la mode et des moeurs est légère et bien croquée.
Points forts :
– Un livre assez court à lire.
– Petit et léger, il est facile à glisser dans le sac.
– La biographie de Virginia Woolf à la fin du livre est utile pour mieux comprendre la psychologie très fine du livre.
– Une belle écriture. De très jolies phrases et métaphores. Un rythme sec.
Points faibles :
– Une lecture laborieuse pour ceux qui ont perdu l’habitude de lire des classiques de la littérature.
– Pas de réel début ni de fin.
– Un livre qui n’a pas grand-chose à voir avec le film.
Un conseil
N’achetez pas ce livre juste parce que vous avez adoré The Hours. Si vous avez été intrigué par le personnage de l’écrivaine incarnée par Nicole Kidman, lisez la biographie de Virginia Woolf à la fin du livre, en rayon. C’est amplement suffisant.


