L’enfer c’est l’autre
L’histoire :
En dépit de son nom hors norme, Tertullien Maximo Afonso est un professeur d’histoire on ne peut plus quelconque. Sa vie entière semble l’ennuyer profondément. Jusqu’au visionnage d’un film, du film, et la découverte d’un figurant au physique parfaitement identique au sien. Le début d’un engrenage irrépressible.
Mon avis :
La fin du film Enemy de Denis Villeneuve en a laissé perplexe plus d’un. Qu’est-ce c’est que cette histoire ? A quoi rime cette grosse araignée, cette scène d’ouverture décadente, ce discours répétitif sur le totalitarisme ? Tant de questions laissées sans réponses qui nous poussent à ouvrir le livre.
A l’image du thriller, L’autre comme moi est une histoire très introspective, ancrée dans le psychisme individuel. C’est simple, tout se passe dans la tête du protagoniste : du dialogue avec le “Sens Commun” personnifié à ceux de Maximo avec lui-même. Comme à l’écran, l’histoire avance avec lenteur, ou plutôt se traine dans un ton morne. Surtout pendant la première moitié du livre. Notre antihéros loue des vidéos, angoisse, se rend au travail, esquive les appels de son amante et recommence. Quand la confrontation avec le sosie survient enfin, signe que l’intrigue mentale prend corps, le lecteur en est au ⅔ de sa lecture. Finalement le couperet tombe, le livre est fini et José Saramago a survolé un sujet aussi singulier que psychologiquement riche.
Est-ce que L’autre comme moi éclaire sur le sens du film ? Oui et non. Oui, car on comprend qu’il s’agit d’une simple histoire de coïncidence génétique et de ses conséquences psychologiques sur les victimes. La théorie, propre à Enemy, selon laquelle le protagoniste se dédoublerait en deux personnes n’est pas supposée ici. Non, car on comprend que le réalisateur a pris ses libertés vis-à-vis de l’œuvre et exprime sa propre vision. C’est tout.
Pour qui ?
– Ceux qui ont été frappé d’incompréhension à la fin du film, évidemment.
– Ceux qui veulent découvrir l’oeuvre du grand écrivain portuguais José Saramago.
Points forts :
– Malgré la plume sophistiquée, l’ensemble se lit relativement vite.
– Un livre mince, léger, idéal pour les transports.
– Le plaisir de découvrir l’oeuvre de l’un des prix Nobel de littérature.
– Des phrases parfois trop complexes mais puissantes, qui font réfléchir.
Points faibles :
– Une lecture visuellement difficile : aucun alinéa, aucun saut à la ligne, aucun tiret de dialogue. L’écriture est structurée en gros blocs.
– Un narrateur pesant qui surligne sa présence.
– Un peu trop de blabla par moments.
Un conseil :
Les premiers chapitres peuvent paraître rebutants à cause de l’écriture très singulère, mais on s’y habitue. Si le livre apporte un éclairage intéressant sur le film, il ne faut pas s’attendre pour autant à y trouver toutes les réponses à l’interprétation de Denis Villeneuve.





