Mois: mars 2015

L’autre comme moi de José Saramago

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L’enfer c’est  l’autre

L’histoire : 
En dépit de son nom hors norme, Tertullien Maximo Afonso est un professeur d’histoire on ne peut plus quelconque. Sa vie entière semble l’ennuyer profondément. Jusqu’au visionnage d’un film, du film, et la découverte d’un figurant au physique parfaitement identique au sien. Le début d’un engrenage irrépressible.  

Mon avis :
La fin du film Enemy de Denis Villeneuve en a laissé perplexe plus d’un. Qu’est-ce c’est que cette histoire ? A quoi rime cette grosse araignée, cette scène d’ouverture décadente, ce discours répétitif sur le totalitarisme ? Tant de questions laissées sans réponses qui nous poussent à ouvrir le livre.

A l’image du thriller, L’autre comme moi est une histoire très introspective, ancrée dans le psychisme individuel. C’est simple, tout se passe dans la tête du protagoniste : du dialogue avec le “Sens Commun” personnifié à ceux de Maximo avec lui-même. Comme à l’écran, l’histoire avance avec lenteur, ou plutôt se traine dans un ton morne. Surtout pendant la première moitié du livre. Notre antihéros loue des vidéos, angoisse, se rend au travail, esquive les appels de son amante et recommence. Quand la confrontation avec le sosie survient enfin, signe que l’intrigue mentale prend corps, le lecteur en est au ⅔ de sa lecture. Finalement le couperet tombe, le livre est fini et José Saramago a survolé un sujet aussi singulier que psychologiquement riche.

Est-ce que L’autre comme moi éclaire sur le sens du film ? Oui et non. Oui, car on comprend qu’il s’agit d’une simple histoire de coïncidence génétique et de ses conséquences psychologiques sur les victimes. La théorie, propre à Enemy, selon laquelle le protagoniste se dédoublerait en deux personnes n’est pas supposée ici. Non, car on comprend que le réalisateur a pris ses libertés vis-à-vis de l’œuvre et exprime sa propre vision. C’est tout.

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Pour qui ?

– Ceux qui ont été frappé d’incompréhension à la fin du film, évidemment.

– Ceux qui veulent découvrir l’oeuvre du grand écrivain portuguais José Saramago.

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Points forts :

– Malgré la plume sophistiquée, l’ensemble se lit relativement vite.

– Un livre mince, léger, idéal pour les transports.

– Le plaisir de découvrir l’oeuvre de l’un des prix Nobel de littérature.

– Des phrases parfois trop complexes mais puissantes, qui font réfléchir.

Points faibles :

– Une lecture visuellement difficile : aucun alinéa, aucun saut à la ligne, aucun tiret de dialogue. L’écriture est structurée en gros blocs.

– Un narrateur pesant qui surligne sa présence.

– Un peu trop de blabla par moments.

Un conseil :
Les premiers chapitres peuvent paraître rebutants à cause de l’écriture très singulère, mais on s’y habitue. Si le livre apporte un éclairage intéressant sur le film, il ne faut pas s’attendre pour autant à y trouver toutes les réponses à l’interprétation de Denis Villeneuve.

L’interview qui tue (The Interview)

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De : Seth Rogen, Evan Goldberg
Avec :  James Franco, Seth Rogen, Lizzy Caplan
2014

Dave Skylark (James Franco) et son producteur Aaron Rapoport (Seth Rogen) sont des stars du petit écran. Leur émission de talk-show spécialisée dans les gossips et autres scandales people cartonne. Même le dictateur nord-coréen Kim Jong-un en est fou. Immédiatement l’idée d’une interview exclusive du leader s’impose à Aaron.

Comédie dynamite ou pétard mouillé ? Au vue de la controverse que cette interview a fait naître, on s’attendait (au moins) à un Dictator à la sauce Franco-Rogen. Le duo s’attaque ici à une figure plus grosse qu’eux et ça se voit : le leader est tourné en dérision mais jamais (totalement) humilié par le rire. Un tour de passe-passe réalisé avec succès grâce au show exacerbé de James Franco conjugué à l’humour graisseux du tandem. Reste quelques bonnes idées à piocher ici et là : deux-trois répliques juteuses et derrière la connerie, une vraie réflexion autour de la manipulation des journalistes.

Boyhood

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De : Richard Linklater
Avec  : Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke
2014

L’histoire d’une famille racontée sur douze ans. D’un côté, les parents divorcés, Mason Sr. (Ethan Hawke) et Olivia (Patricia Arquette), de l’autre leurs deux enfants : Samantha (Lorelei Linklater) et Mason jr. (Ellar Coltrane).

Du point de vue de la forme, le travail de Richard Linklater est vertigineux. Son projet s’élève au dessus de toutes les difficultés liées au temps en instaurant une parfaite fluidité (dans les cadrages, les plans, les transitions) entres les années, au point de rendre le processus presque invisible. Mais au delà du pari formel, c’est surtout l’histoire qui nous touche. L’histoire de la vie, tout simplement. A chaque scène on attend la catastrophe, le déclencheur tragique, le twist inattendu,  en spectateurs habitués aux malices d’Hollywood que nous sommes. Ici, rien de tout ça. Dans Boyhood, la vie est présentée toute nue, sans artifices, sans pour autant se prétendre long fleuve tranquille. Et ça, ça fait du bien.

Night Call : la nuit lui appartient

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De : Dan Gilroy
Avec : Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Bill Paxton
2014

Los Angeles, la nuit. Les mains sur le volant, Lou Bloom (Jake Gyllendaal), pigiste spécialisé dans les faits-divers sanglants, rôde. A la recherche d’une proie, d’une victime, bref d’un scoop sanglant pour abreuver la chaîne de news qui l’emploie.

Baptême de caméra réussi pour le réalisateur-scénariste (Jason Bourne : L’héritage). Son premier long-métrage est une immersion sordide dans le territoire de chasse des prédateurs nocturnes de l’info. Un sujet extrême, d’une noirceur fascinante, à l’égal de l’interprétation habitée de Jake Gyllendaal, sorte de cannibale sociopathe au sourire pétrifiant. Là où paradoxalement ça pêche un peu, c’est du côté du scénario. A force d’embarquer la caméra sur les routes de L.A, Dan Gilroy en oubli de la poser et de regarder dans le rétro. La relation gloutonne entre Lou et sa supérieure aurait pu gagner en densité, le cadrage en qualité. Ce qui n’empêche pas son Night Call de remplir son carnet de route.

Anecdote : durant le tournage de la scène du miroir – où Jake Gyllenhaal parle à son reflet –  l’acteur était tellement dans son personnage qu’il a frappé le miroir, s’entaillant la main. Jake a dû immédiatement se rendre à l’hôpital pour se faire faire des points. Dès sa sortie, l’acteur s’est immédiatement rendu sur le plateau de tournage.