Mois: novembre 2015

Une autre femme

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De : Woody Allen
Avec : Gena Rowlands, Mia Farrow, Ian Holm
1988

Marion (Gena Rowlands, appliquée), 50 ans, a tout pour être heureuse : une carrière de romancière à succès, une relation de couple confortable, et un cercle d’amis intime. Alors qu’elle s’isole dans son pied-à-terre pour écrire son nouveau livre, elle surprend les discussions entre le psychologue d’à côté et l’une de ses patientes. 

Suis-je vraiment celle que je crois aux yeux des autres ? Suis-je vraiment heureuse ? Cette fois, Woody Allen transfère ses angoisses existentielles à Gena Rowlands, femme de tête intimidante confrontée au regard de ses proches, miroir impitoyable de vérité. Une mise en scène confidentielle pour une réflexion lente sur l’identité, thème psychanalytique questionné avec finesse à travers le prisme de la jalousie (amicale, familiale voire amoureuse), et saupoudré ici d’une pincée amère de féminisme. Une autre femme est à ranger définitivement dans l’étagère des films sombres du réalisateur. 

Le petit plus : le plaisir de voir à l’écran la talentueuse rousse Frances Conroy (Six Feet Under, How I Met Your Mother) à l’âge de 35 ans seulement. 

L’exposition Scorsese à la cinémathèque française

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© La Cinémathèque française

Jusqu’au 14 février 2016 la cinémathèque française ouvre ses portes au réalisateur américain Martin Scorsese. Une exposition qui s’appuie majoritairement sur la collection privée du metteur en scène. Storyboards, pièces de costumes, extraits de scripts ou encore photographies de tournage retracent le parcours filmographique de cet enfant timide devenu génie incontesté du 7ème art. 

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© La Cinémathèque française

Mon avis :
Délicat et complexe de croquer avec justesse plus de 50 ans de carrière de l’un des pontes du Nouvel Hollywood. La notion d’héritage se présente comme le noyau central de l’exposition. C’est d’abord les liens filiaux, la relation forte et émouvante qu’entretient le réalisateur avec ses parents, actifs en coulisses comme à l’écran. Puis la transmission culturelle, l’idée d’un ADN italien qui irrigue avec fougue l’écriture des dialogues, la dynamique des scènes, et pimpe le jeu des acteurs. Les influences cinématographiques (de Hitchcock à Cassavetes) aussi, bien sûr, d’un étudiant en cinéma, d’un disciple devenu maître. En bref, un héritage pluriel, dense et vivace, qui perce dès ses premiers films. 

Disséquer le passé pour mieux comprendre le cinéma de Scorsese aujourd’hui ? Oui et non. Oui, car l’exposition reste majoritairement focalisée sur une frange de longs-métrages cultes, mais anciens (Mean Streets, La Dernière Tentation du Christ, Raging Bull, Les Affranchis). Le plaisir de redécouvrir des classiques, voire d’explorer des segments plus discrets (Kundun, Le Temps de l’innocence) pour mieux saisir le background, l’âme des films actuels. Non, car la rétrospective évoque assez brièvement (en comparaison) les dernières productions (Shutter Island, Le Loup de Wall Street ou encore Les Infiltrés). Un parti pris temporel qui peut laisser les plus jeunes spectateurs sur leur faim. Un sentiment que l’on retrouve lors de la visite de la boutique de l’événement, assez pauvre en souvenirs Scorsesien. 

Informations utiles
Le tarif plein est de 12 euros, ce qui est relativement raisonnable. De plus, la cinémathèque française propose plusieurs nocturnes en semaine (de 18h à 22H), ce qui évite de se frotter à la foule du week-end (l’espace est relativement étroit). Un conseil : ne jetez pas vos tickets de cinéma MK2, car au dos il y a parfois une place gratuite pour l’expo (12 euros pour deux personnes, ça vaut le coup).

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© La Cinémathèque française

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© La Cinémathèque française

Mon Roi, ma bataille

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De : Maïwenn
Avec : Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel
2015

L’amazone du cinéma français revient sur le devant de la scène avec une petite bombe : Mon Roi, ou la pépite cannoise de 2015. Les réminiscences de Tony (Emmanuelle Bercot, prix d’interprétation) qui, le temps d’une convalescence suite à un accident de ski, se souvient de sa passion destructrice avec Georgio (Vincent Cassel), l'(ex) homme de sa vie.

Maïween. Pour certains, cinéaste grande gueule, porte-drapeau d’un féminisme pompeux et hystérique, adepte de la satire sociale bruyante et stéréotypée. Pour d’autres, femme de génie à l’oeil aiguisé et au style éloquent. En somme : une réalisatrice qui déchaîne les passions.

La passion justement, cette montagne russe des larmes et du rire, du bonheur et de la dépression. Caméra à l’épaule, Maïween nous embarque dans ce grand huit plus intimiste que sensationnel, où la douleur du coeur côtoie celle du corps (la métaphore filée de la convalescence est un peu facile, mais poignante) dans un battle amoureux subjuguant. Il faut voir l’irrésistible Vincent Cassel et son personnage qui brouille les frontières entre fiction/vraie vie, et Emmanuelle Bercot, en lutte permanente avec elle-même, avec lui, avec tous les autres. Tous les ressorts de la relation dominant-dominé, de l’amour carnivore, sont égrainés avec une fluidité féroce scène après scène.
Et pourtant, en lieu et place du vertige attendu (surtout après le médusant Polisse), un calme stoïque, celui du spectateur. Parce que la prise de position n’est jamais claire (chacun est à la fois victime et coupable), parce que le pathos menaçant est percé par des pointes d’humour bien senti. Notes de légèreté  nécessaires contre cette passion broyeuse de vie. 

Anecdote : le film a reçu une standing ovation de 8 minutes à l’issue de sa projection à Cannes.

L’homme irrationnel : Nietzsche mon amour

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De : Woody Allen
Avec : Emma Stone, Joaquin Phoenix, Parker Posey
2015

Les années passent, et Woody Allen déambule derrière la caméra à la recherche de son nouveau Moi à l’écran, cynique mythique, artiste torturé par le temps, par la vie, par le sexe, mais surtout par les femmes. Et en matière d’homme ambigu et complexe, Joaquin Phoenix s’y connait, lui qui a attiré tous les regards avec son interprétation tortueuse de disciple givré dans The Master. Aux côtés d’une Emma Stone fraîche comme une rose en étudiante fureteuse, l’acteur incarne un professeur de philosophie aussi dépressif qu’attirant. Pour le meilleur comme pour le pire ? 

Comment redonner le sourire à un homme (trop) rationnel ? Lettré mais blasé, apprécié mais amer ? Hollywood répondrait par l’évidence : l’amour, le vrai, le pur. Et Woody Allen de ricaner au nez de cette entourloupe facile, préférant opter pour l’irrationnel, l’égocentrisme, l’égoïsme, jusqu’à tirer allègrement sur les ficelles de l’humour noir. Car il ne s’agit pas là d’une comédie dramatique romantique, mais plutôt d’une fable philosophique (parfois trop écrite, parfois un peu molle) acerbe et douce. On sourit beaucoup, on rit par moments, mais surtout on savoure comme à l’habitude les plans de caméra singuliers, la finesse de la plume,  et le crescendo final, très « Match Pointien ». Un Woody Allen mineur, mais correct. 

Anecdote : Joaquin Phoenix a pris plus de 14 kilos pour correspondre à sa vision de son personnage.