Mois: mars 2016

(Panic) Room

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De : Lenny Abrahamson
Avec : Brie Larson, Jacob Tremblay, William H. Macy
2016

Joy (Brie Larson) et son fils Jack (Jacob Tremblay) vivent enfermés dans une chambre depuis la naissance de ce dernier. Alors que le petit garçon célèbre ses 5 ans entre quatre murs, Jo prend conscience qu’il est grand temps d’élaborer ensemble une stratégie d’évasion.

Ne vous laissez pas embobiner par son titre de thriller horrifiant à la Kubrick. Room est un drame filial d’une sensibilité vertigineuse sur la relation mère-fils qui débroussaille avec une fraîcheur rare les chemins balisés de l’amour maternel, sujet grossièrement pompé par la machine hollywoodienne à coups de films catastrophes et d’enfants malades. Le postulat de départ frôle pourtant le tire-larmes facile : scénario inspiré de faits divers glauques (l’affaire Natascha Kampusch par exemple) et figure de la mère courage prête à tout pour protéger sa progéniture. 

Mais c’était sans compter l’alchimie éclatante entre l’impressionnante Brie Larson et le jeune Jacob Tremblay, dont les dialogues savoureux – fruits des interrogations tristement naïves mais drôles du jeune garçon – éblouissent la trame sombre. Au fur et à mesure que la tragédie originelle se décante, l’étau se resserre pourtant autour du duo, libéré à la moitié du film. Plus la caméra laisse respirer les corps, plus les plans s’élargissent, et plus Jack – mais surtout Jo – suffoquent de par cette liberté nouvelle mais asphyxiante. La Room physique laisse alors place à la Room mentale. En cela, le scénario, d’une intelligence rare, aborde avec finesse la remise en liberté d’un être humain élevé en captivité dans tout ce qu’elle implique, arpentant à ce point là du récit les arcanes complexes de la psychologie à l’état pur. Finalement les lumières s’allument et le spectateur sort lui aussi de sa room. Ivre de liberté et d’angoisses. 

Anecdote : afin de s’imprégner au mieux des conditions de vie propres à la séquestration, Brie Larson n’a pas hésité à s’isoler du reste du monde durant un mois et à suivre un régime strict. Poussée par un souci de réalisme, la comédienne a tenu à ne pas se laver le visage ni à être maquillée lors du tournage des scènes dans la petite pièce.

© Laëtitia Pinon

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Le scaphandre et le papillon

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De : Julian Schnabel
Avec : Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze
2007 

Tragique destinée que celle de Jean-Dominique Bauby, ancien rédacteur en chef de ELLE, victime du syndrome d’enfermement, qui décédera quelques jours après la sortie de son livre éponyme, dicté par la seule force de sa paupière gauche et de son imagination.

Il n’y avait que Mathieu Amalric, l’enfant agité mais surtout prodigue du cinéma français, pour embrasser avec une telle justesse dans l’approche un rôle aussi puissant que casse-gueule. Son esprit, mordant et cynique, souffle avec merveille dans les bronches de ce scénario à la carcasse déprimante en apparence, mais finalement bien plus optimiste qu’elle n’y parait. Entre échappées poétiques, pics d’humour et réflexions existentielles, l’équilibre est ténu mais maintenu de bout en bout. Un bel exercice d’équilibriste.

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3096 jours

Scene 85Priklopil`s House/Kitchen. Natascha is cooking for Priklopil in the kitchen.Natascha (Antonia Campbell-Hughes)Wolfgang Priklopil (Thure Lindhardt)

De : Sherry Hormann
Avec : Antonia Campbell-Hughes, Thure Lindhardt, Amelia Pidgeon
2013

2006. Le monde entier découvre le visage de Natascha Kampusch. Celui d’une jeune femme kidnappée enfant sur la route de l’école et qui passera 8 ans séquestrée dans le sous-sol dissimulé de son ravisseur, Wolfgang Přiklopil, avant de pouvoir s’en évader.

Dans son livre expiatoire éponyme, la vraie Natascha Kampusch matérialise par les mots cette enfance brisée, ce calvaire inimaginable. Du verbe à l’image, il n’y a qu’un pas, que franchit la réalisatrice américaine habituée aux destins écorchés vifs de personnalités publiques (en témoigne sa poignante et trop méconnue Fleur du Désert). Ici, la matière brute est d’une puissance telle, que la mise en scène s’efface docilement au profil des dialogues qui claquent, des relations corporelles bavardes. Les scènes, courtes et sèches, ne laissent aucune place à la psychologie sirupeuse. L’image froide, celle du visage d’une petite fille dodue ou encore d’un simple portail entrouvert, remplace tous les artifices. De manière qu’il est impossible au spectateur de se laisser hypnotiser par l’idée de fiction. Implacable.

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3096 TAGE. "Szenenbild 08" Bild-ID: 3096 Day 2 1998_6273 Natascha Kampusch (Amelia Pidgeon) im Verlies