Day: 16 Mai 2016

Festival de Cannes 2016 : Le Disciple

thumb_1551_film_poster_big

De : Kirill Serebrennikov
Avec : Victoria Isakova, Pyotr Skvortsov, Alexandr Gorchilin
2016

« Pourquoi tu sèches la piscine ? ». Une mère célibataire essorée par la vie, un ado déglingué complètement mutique, un appartement russe décrépi. Le sale gosse propose à sa mère d’écrire un mot d’excuse : sa religion lui interdit la piscine. L’excuse fait rire, le malaise viendra après. Après cette première scène ordinaire qui annonce la couleur, celle d’un drame noir et grinçant sur le radicalisme religieux.

Avec sa tête dure et son physique agressif, Pyotr Skvortsov est confondant de ressemblance avec Michael Shannon. A l’image de son aîné, l’acteur a l’étoffe des poids lourds, les épaules assez solides pour revêtir des rôles d’acier. Il faut le voir en Veniamin, lycéen charismatique à la foi indestructible en passe de devenir le dictateur du corps enseignant. Caméra tranquille, le réalisateur fait monter en puissance son acteur à la manière d’un photographe capturant le travail de gestuel d’un führer prometteur : hurlements, sermons appuyés, one man shows théâtraux… La démonstration au lieu de l’explication ? En déplaise à certains, aux origines du radicalisme adolescent Kirill Serebrennikov préfère insister sur le discours et ses ficelles (dont les citations bibliques – incrustées à l’image – répétées jusqu’à dissolution complète des dernières résistances chez l’autre constituent l’arme principale). Mise en scène statique, même discours martelé, fond et forme ne font alors plus qu’un, travaillant psychologiquement le spectateur comme les victimes de Vienamin : jusqu’à l’usure et la reddition.

thumb_1552_film_main_big thumb_1553_film_film_big

Festival de Cannes 2016 : Ultima Spiaggia

thumb_4806_film_poster_big

De : Thanos Anas­to­pou­los et Davide Del Degan
2016

Trieste, ville côtière à la pointe nord de l’Italie. Bout de ville bétonné, comme postillonné par la mer, dont la plage caillouteuse courue par toute la ville distingue les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Caméra enracinée parmi les transats, le tandem de réalisateurs capture avec une belle justesse le quotidien de ce microcosme populaire : en vrac, tranches de vie, bouts de discussion, corps difformes, handicapés, vieillis, pulpeux… Un petit monde en soi, avec ses codes et ses personnages-clés, qui s’épanouit du lever au coucher du soleil, le temps d’une saison estivale. Loin de proposer une contemplation snobinarde d’une certaine idée de la « misère des petites gens » , la caméra – exempt de tout voyeurisme intello – capture chaque scène avec une bienveillance caressante. Une attention honorable mais qui appliquée pendant 2h13 met la patience du spectateur à rude épreuve.

Spiaggia_01b_1920x1080

lultima-spiaggia-2016-davide-del-degan-thanos-anastopoulos-05-932x523