Day: 19 Mai 2016

Festival de Cannes 2016 : Mal de pierres

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De : Nicole Garcia
Avec : Marion Cotillard, Louis Garrel, Alex Brendemühl
2016

Gabrielle est une femme libre. Du moins dans son coeur, même si pour empêcher son internat psychiatrique pour cause de passion non retenue la jeune femme devra consentir au mariage avec José, maçon docile et ambitieux. Pas de chance pour elle, la découverte de son « mal de pierre » (maladie physique) va la conduire à une cure forcée en Suisse…

Difficile d’émettre un avis tranché. D’un côté, une réalisation soignée, fluide, faisant la part belle aux longs tourments du coeur par un discours fleuve, sans coupures brutes. Marion Cotillard,  à l’aise comme un poisson dans l’eau dans son personnage de femme butée (les rôles d’héroïne rebelle elle maîtrise : Jeux d’enfants, la Môme, Inception et même Taxi) trouve dans la façon de filmer de Nicole Garcia le parfait écrin filmique pour déballer son jeu d’épouse violentée par les conventions sociales de l’après Seconde Guerre mondiale. De l’autre, un récit agaçant, jouant sur la corde du féminisme à tort, puisque Gabrielle, bien antipathique, brille par sa soumission totale à un capitaine végétatif (Louis Garrel, dépressif à souhait) en se jouant d’un époux trop bon et donc trop con (le charismatique Alex Brendemühl). En résumé, des hommes émasculés et une Scarlett O’Hara qui tire la tronche pendant deux heures. Mouais ?

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Festival de Cannes 2016 : Loving

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De : Jeff Nichols
Avec : Tom Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon
2016

Avec un sujet aussi tire-larmes (un couple mixte dans les années 60 éjecté de leur état à cause de la ségrégation tente de vivre ensemble et en paix) que conventionnel, c’était loin d’être gagné d’avance pour Jeff Nichols. Surtout à Cannes, où comme chacun sait, le gratin cinéphile semble toujours s’enthousiasmer pour le film le plus extrême, le plus osé ou faute de mieux le plus actuel. Pour ces raisons exactes (et injustes) il est peu probable que Loving se dégage un chemin dimanche vers la Palme. Proclamons donc dès maintenant haut et forme cette vérité-prière dans l’espoir que les grands du Festival l’entendent : Loving est un pur chef-d’oeuvre.

Peu de cinéastes peuvent se vanter d’avoir la pureté de réalisation de Jeff Nichols. De sa manière de filmer le terroir américain (sa flore, sa faune humaine) au travail exceptionnel de la lumière (dont les traits racés du visage de Tom Edgerton sont les plus troublants miroirs) en passant par son aisance naturelle à manipuler le talent si rafraîchissant de l’Ethiopienne Ruth Negga), tout en ce film s’emboîte à la perfection pour expirer un drame sentimental à l’émotion foudroyante. La durée raisonnable de l’ensemble associée à l’absence d’une partition musicale ronflante (comme c’est souvent le cas dans le registre du drama US) laissent d’autant plus respirer l’histoire. Précautions délicates en accord parfait avec les mésaventures sensibles de ce couple silencieux, émouvant aux larmes.

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