Day: 21 Mai 2016

Festival de Cannes 2016 : Elle

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De : Paul Verhoeven
Avec :
Isabelle Huppert, Laurent Laffite, Anne Consigny
2016

Michèle, riche PDG d’une société de jeux vidéo se fait violer à même le sol de son salon. Son chat, impassible, observe la scène. La première scène de Elle ne fait pas dans la dentelle, installant d’entrée le climat loufoque de ce drame pervers à l’humour noir. Rire du viol. Aussi incroyable que cela puisse paraître c’est là le tour de force que réalise Paul Verhoeven au travers des réactions cocasses de son héroïne glaciale (ou comment Isabelle Huppert infuse son aura de femme castratrice pour en tirer une essence comique indéniable). Le scénario, intelligent, construit un thriller voyeuriste au cordeau, avec sa recette classique à base de victime-enquêtrice, de soupçons, de coupables présumés et de faux indices, jusqu’à un virage à 360° vers le drama familial avec ses secrets, ses liens familiaux tordus et ses ressorts psychanalytiques. Un scénario protéiforme, irrigué de bout en bout par ce même humour décalé étrangement grisant, pour un OVNI cannois qui ne devrait pas repartir les mains vides.

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Festival de Cannes 2016 : The Last Face

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De : Sean Penn
Avec : Charlize Theron, Javier Bardem, Jean Reno
2016

« Sean Peine »,  » « Vers l’infini du nanar et au-delà », « Le cri obscène de Sean Penn »… A chaque média son jeu de mot incisif, sa petite phrase meurtrière pour qualifier le dernier long-métrage de l’acteur-réalisateur. Son histoire d’amour torturée entre un médecin engagé et la jeune directrice d’une ONG sous fond de crise humanitaire en Afrique n’a pas convaincu. Lynchage gratuit ou descente en flammes justifiée ?

Chaque réalisateur qui se respecte s’accorde au moins une fois dans sa carrière son petit plaisir, sa friandise égocentrique qui ne plaira peut-être – ou sûrement – qu’à lui, mais qu’importe. Pour certains cinéastes, tout part d’une fascination de longue date pour une icône rock, pour d’autres c’est un combat politique. A la manière d’une Angelina Jolie en puissance, Sean Penn embrasse la cause humanitaire : celle de la situation au Libéria. Parce que l’intention est honnête et que l’acteur de 56 ans a suffisamment roulé sa bosse pour connaître les cordes du métier, The Last Face a quelques qualités. Parmi elles, un rythme de croisière correct et un couple d’acteurs plutôt dignes au vue de la mise en scène kitchissime. Une poignée de scènes d’une vive intensité parachève le tableau des bons points. Voilà pour l’optimisme charitable qui ne sauvera pas cet Out of Africa façon téléfilm de l’après-midi mal écrit, distant, et abreuvé généreusement de fondus enchainés.

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Festival de Cannes 2016 : The Strangers (Goksung)

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De : Na Hong-Jin
Avec : Kwak Do Won, Kunimura Jun, Hwang Jung Min
2016

Un petit village de Corée, une série de meurtres sanglants plutôt étranges et un dégonflé de policier chargé de l’enquête. Le synopsis de ce thriller de 2h36 ne laissait présager rien de bien original. Et pourtant. Cadavres d’animaux, chamisme en folie et morts-vivants : le Goksung (The Strangers) de Na Hong-Jin envoie du lourd. Une plongée terrifiante (et surprenante) dans l’ésotérisme asiatique. A vos ceintures.

II faudra attendre de passer la première partie digne d’une série B (bouffonne et plaisante certes, mais un peu ennuyeuse) pour assister à la métamorphose fulgurante de The Strangers en film policier puissant à l’écriture ciselée, l’enquête prenant corps quand le sergent ventripotent voit sa propre fillette menacée. Dès lors, le rythme s’emballe, le riche univers du folklore coréen déploie ses trésors empoisonnés, l’intrigue, d’une surprenante maîtrise, gagne en intensité au fil des minutes. Béat, le spectateur se régale d’un florilège de cadrages scabreux mais grisants, d’une tripotée de scènes horrifiantes (dont celle sensationnelle de l’exorcisme du chaman) mais jamais gratuites. Avec une habilité déconcertante, Na Hong-Jin aligne rebondissement sur rebondissement jusqu’au final, haletant. Une mise en scène aboutie – qui fait penser à du Fincher – additionnée au savoir-faire asiatique en matière de manipulation de l’effroi : pas étonnant que cette production coréo-américaine fasse des étincelles.

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