Mois: juin 2016

Minuit au Café Society

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De : Woody Allen
Avec : Jesse Eiseinberg, Kristen Stewart, Blake Lively
2016

Après s’être prélassé en eaux tièdes avec Magic in the Moonlight et The Irrationnal Man, le maître absolu du cynisme nous revient ragaillardi avec une romance délicieusement amère.

Bobby Dorfman (Jesse Eisenberg, comme un poisson dans l’eau), jeune homme moyen des quartiers juifs de Brooklyn, n’a qu’un but : rejoindre son oncle Phil (impeccable Steve Carell), producteur influent à Los Angeles, et profiter du piston pour se faire un place dans le Hollywood rutilant des années 30. Un nouveau terrain de jeu que Bobby apprivoise avec l’aide de la douce Vonnie (Kristen Stewart, qui n’a jamais été aussi bien filmée), secrétaire envoûtante mais amoureuse d’un homme mystérieux…

Un amour dévorant entre un homme charismatique (mais gauche) et une femme captivante (mais instable), entre New York et Los Angeles. Il y a comme un parfum d’Annie Hall (le premier grand succès du cinéaste) dans les pérégrinations sentimentales de ce héros mordu, voire maudit, par le grand amour. Car chez Woody, pas de happy end : les couples s’attachent, se détachent, s’égarent dans d’autres bras, et puis finalement poursuivent – toujours – leurs buts égoïstes. Une amertume qui tendrait vers ce cher fatalisme si elle n’était pas drapée dans la lumière surnaturelle d’un New York magique (clin d’oeil au nostalgique Minuit à Paris ?), écrin sublime de ce vaudeville découpé en scènes vivaces, rythmé par des dialogues aussi féroces (« Les juifs n’ont pas de vie après la mort. » – « C’est bête qu’ils ne le proposent pas, ils auraient beaucoup plus de clients. ») que jouissifs. Bref, on rit, on s’étonne et on s’émerveille : Café Society est une totale réussite.

Anecdote : la voix-off du film n’est autre que celle du réalisateur lui-même :  « J’ai fait ce choix parce que je savais exactement quelle intonation donner à chaque mot. Je me suis dit qu’à partir du moment où j’avais écrit l’histoire, c’était comme si je lisais oralement mon propre roman ».

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Festival de Cannes 2016 : Grave

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De : Julia Ducournau
Avec : Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella
2016

Justine (Garance Marillier) est surdouée. A tout juste 16 ans, elle fait son entrée à l’école vétérinaire où étudie déjà sa grande soeur (mouton noir de la famille), suivant ainsi la voie ouverte par ses parents, eux même vétérinaires et végétariens. Rite de passage obligé, Justine devient la victime du bizutage général appliqué aux premières années. Une période qui va transformer viscéralement la jeune fille…

Grave est la preuve que rien ne sert d’avoir des gros sous, un casting étoilé et d’aligner 2 heures sur pellicule pour accoucher d’un excellent film, féroce et efficace. L’important c’est les idées, et ça tombe bien, Julie Ducournau n’en manque pas. Sous ses airs de moyen-métrage de fin d’études underground se cache un horror movie délirant, gore et déconcertant, avec en toile de fond le thème de l’hérédité (les liens du sang – au sens propre comme au figuré – de deux soeurs ravagées). Scènes saturées d’humour noir, personnages haut en couleur, répliques qui tuent… Grave – qui rappelle beaucoup le cannibal Eat de Jimmy Weber – est une petite bombe, une comédie mineure mais révélatrice du talent d’une réalisatrice en pleine ascension.

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