Mois: novembre 2016

Divines

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De : Houda Benyamina
Avec : Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Kevin Mishel
2016

Deena (Oulaya Amamra, très juste) en a marre d’être en galère d’argent. Prise au piège dans sa cité avec pour seule compagnie sa mère (alcoolique) et sa BFF Maimouna (Déborah Lukumuena, touchante), l’effrontée veut décrocher le jackpot, l’oseille, la piscine et la ferrari. Et qu’importe s’il faut se salir les mains.

On a souvent rapproché Divines à Bandes de filles. Facile, une banlieue (et les souffrances et les difficultés qui vont avec), des personnages féminins qui ont du chien, et une réalisatrice derrière la caméra. Mais la comparaison s’arrête là. Plus haché et plus speed, le film de Houda Benyamina est aussi un cran plus cru dans son réalisme social que son concurrent (dont on se rappelle surtout les purs moments de grâce, l’énergie pétillante qui éclatait le désespoir). Pas de réalisation au cordeau dans ce drame-là (on se serait bien passé de l’incartade romantique vraiment gauche), mais des dialogues bruts, comme pour réduire la distance entre fiction et réalité, cinéma et actualité. Un parti pris matérialisé dans une scène finale à glacer le sang, d’une ironie sans équivoque, qui rappelle que les happy ending ne sont réservées, parfois, qu’au cinéma.

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The Neon Demon

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De : Nicolas Winding Refn
Avec : Elle Fanning, Christina Hendricks, Jenna Malone
2016

Jesse (Elle Fanning) a 16 ans, ou plutôt 19 comme lui conseille de dire son agence de mannequinat. Fraîche comme une rose, l’adolescente arriviste ne tarde pas à s’attirer les foudres de ses concurrentes.

Après avoir sillonné le monde de la nuit aux côtés de Ryan GoslingNicolas Winding Refn s’engouffre dans les coulisses toutes aussi sombres du monde de la mode avec ses séances de shooting glaciales et ses belles nanas voraces d’attention. Une fois n’est pas coutume, son cinéma se prélasse avec langueur dans l’illustration (mise en scène arty ultra clinique, scènes-tableaux…) plus que dans la narration, l’étayage du propos étant décidément toujours aussi évanescent. Un cinéma qui s’observe comme une bête curieuse, trouve sa place dans la métaphore (le broyage de la beauté). C’est beau, cruel et poétique, mais toujours trop long – et creux – une fois le vernis gratté.

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Vue sur mer

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De : Angelina Jolie
Avec : Angelina Jolie, Brad Pitt, Mélanie Laurent
2016

Un couple à la dérive décide de s’installer temporairement dans un coin de paradis au bord de la Méditerranée. Le temps pour lui de travailler sur son nouveau roman et pour elle de guérir, mais surtout le temps pour eux de se retrouver, de se pardonner, de s’apprivoiser.

Au vu de la situation acide du couple Brangelina, Vue sur Mer sonne au mieux comme un drame amoureux de mauvais augure, au pire comme une mauvaise blague. Un homme, une femme, le poids du mariage, de l’incompréhension, de la colère (et ses raisons révélées à la fin bien sûr)… bref, il y a beaucoup du Mépris ici. À l’image d’une Bardot (la candeur en moins), Jolie (mi-vamp, mi-poupée de cire) vampirise le spectateur comme sa troupe, misant à l’excès sur une contemplation silencieuse et introspective des émotions. Mise en scène dépouillée et dialogues réduits au minimum comme mécanismes d’un drame entêtant qui, s’il évite le naufrage mais pas toujours l’ennui, reste trop prudemment près du bord.

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