Mois: janvier 2017

Juste la fin du monde

juste-la-fin-du-monde
De : Xavier Dolan
Avec : Vincent Cassel, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel
2016

Après 12 ans d’absence, Louis (Gaspard Ulliel, parfait) rentre à sa ville natale visiter cette famille qu’il connaît bien, qu’il ne connaît plus. Des retrouvailles au goût de cendre, puisque cette visite soudaine, la dernière, a pour but d’annoncer sa mort prochaine.

Ça hurle, ça se bouffe le nez, ça s’enlace et ça s’observe, beaucoup, en silence ou dans le bruit. Bref, la famille chez Dolan c’est toujours un joyeux bordel d’amour et d’agression où la confrontation remplace la discussion. Pourtant ici, personne ne vomit son mal-être accumulé aux yeux de tous, comme c’est souvent le cas dans les catharsis familiales à l’écran. Pas de tirades publiques, mais des tête-à-tête timides (un peu trop écrits certes, mais crédibles malgré tout) entre Louis et chaque membre de sa famille. Louis et sa petite soeur qu’il n’a pas vu grandir, Louis et son frère brisé par la rancune (Vincent Cassel, d’une aigreur irrésistible), Louis et sa belle-soeur qu’il découvre pour la première fois… Dialogues entre quat’z’yeux enchaînés où les émotions s’expriment à demi-mots, laissant poindre à la surface le suspens de l’annonce morbide. Détail narratif dans ce drame formellement magnifique, coloré de larmes et d’éclats de rire épars.

067381 131800-1 132268 578500 thumb_5675_media_image_1144x724

Nocturnal animals

20161014175110nocturnal_animals_poster

De : Tom Ford
Avec : Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Laura Linney
2016

Galerie d’art clinquante, villa luxueuse, vestiaire de créateurs… Susan (Amy Adams, vampirisante) est l’archétype de la businesswoman accomplie mais solitaire. Une nuit, alors que son mari découche à l’autre bout du pays, Susan se plonge dans la lecture d’un livre. Une fiction sordide et violente envoyée par nul autre que son ex-mari, Edward (Jake Gyllenhaal).

Un revenge movie poussiéreux sur la rage d’un père blessé ou un drame intime tiré à quatre épingles sur les souvenirs amoureux d’une lectrice songeuse ? Les deux. Avec Nocturnal Animals, Tom Ford réussit l’impossible : croiser deux genres à l’ADN esthétique bien distinct pour donner naissance à une oeuvre hybride, superbe dans sa mixité. Une pièce haute couture qui prend la forme d’un thriller capiteux pauvre en dialogues, mais où la force de l’image (merci aux miracles du chef op’ Seamus McGarvey) transcende chaque plan. Loin du cliché du film léché mais plan-plan, séquences vibrantes (personnifiées par un Aaron Taylor-Johnson au sommet, hallucinant) et scènes plus taiseuses se répondent avec rythme sans laisser place à l’ennui. C’est beau, émouvant, intense, avec en prime, une réflexion intéressante sur les aspirations individuelles.

Anecdote : en dépit de son statut de rock star de la haute couture, Tom Ford a insisté pour laisser le champ libre aux costumiers sans imposer sa marque. Ainsi, aucun produit de la marque Tom Ford ou Gucci n’apparaît à l’écran, le cinéaste ne voulant pas faire du film « une publicité ». 

_DSC5119.NEF6ab71d47a402693339a3734125b04b6d18nocturnal1-master768-v2 1478072995-412492189-pod-pokrovom-nochi-5