Day: 10 février 2018

Wonder Wheel


De : Woody Allen
Avec : Justin Timberlake, Kate Winslet, Juno Temple
2018

Ginny (Kate Winslet) et Humpty (James Belushi) forment un couple ronronnant. Leur quotidien se partage entre la pêche, leur travail à la fête foraine de Coney Island, et les pulsions pyromanes de Richie, le fils. Un train-train bousculé par l’arrivée soudaine de Carolina (Juno Temple), la fille de Humpty, blonde plantureuse en fuite.

Après avoir exploré les années folles avec Café Society, Woody Allen continue de remonter le fil du temps en croquant les déboires d’une famille recomposée au coeur des années 50. Aux couleurs gourmandes du lieu divertissant s’oppose la rugosité du drame sentimental, la mélancolie des rêves brisés. Une fois n’est pas coutume chez le cinéaste newyorkais, le mal-être existenciel féminin est au coeur du manège des personnages. Kate Winslet fait ici figure de Blue Jasmine revisitée (plus sensuelle mais tout aussi égratinée) en concurrence silencieuse avec Juno Temple dans le but de remporter le coeur de Justin Timberlake. L’actrice embrasse avec la perfection qu’on lui connaît les facettes brisées de Ginny, à la fois comédienne avortée, mère dépassée, mais surtout femme passionnée, en lutte constante avec le masculin. Car l’homme n’a jamais le beau rôle chez Woody. Coureur de jupon, couard, atteint de paresse crasse… mais avec un « je ne sais quoi » attachant, malgré tout.

Le problème de Wonder Wheel c’est qu’il faut voir passer la première demi-heure pour assister aux premiers accros entre les caractères. Avec le temps, les punchlines du cinéaste se font plus rares et les dialogues verbeux, du coup, ne dynamisent plus les scènes statiques. Le temps s’allonge, les scènes passent. La recherche du bon mot, du trait d’esprit qui fera mouche, a disparu, laissant place à une mélancolie existencielle lancinante faisant figure de nouvelle signature « woodiesque ». Le cynisme, lui, devient subtil : il tient aux couleurs chaudes de la photo, en décalage total avec le malheur de Ginny, à cette envie de rire et de pleurer à la fois qui met mal à l’aise le spectacteur. Un ton toujours très singulier et inimitable finalement, preuve que le génie est toujours là.