Day: 13 Mai 2018

Avicii: True Stories


De : Levan Tsikurishvili
Sur : la vie de Tim Bergling, alias Avicii
2017

« Avicii est mort ». Sur le moment, difficile de capter. C’est qui ce DJ ? Je le connais ? Encore un qu’a abusé d’Ibiza, tombé en overdose, comme d’hab. Et puis, quelques chansons Deezer plus tard, le couperet tombe. Cette musique, ce hit, ces tubes ont cadencé mes soirées mojitos, m’ont fait sauter sur place – en total synchro – avec des inconnus à 2h du mat. C’est donc ça Avicii, un Suédois à la silhouette frêle, une gueule d’ange phénomène, et une mort à 28 ans. Mon âge !

Le documentaire Netflix, réalisé en l’espace de 4 ans par Levan Tsikurishvili, tombe à point nommé. C’est à la fois écoeurant et fascinant. Pourquoi ce suicide ? Le coeur crevé, je suis comme tous les pigeons : je veux comprendre à travers ce docu de plus de 2h, qui était Tim Bergling. La caméra embarquée du réalisateur fait office de psy médiatique. On suit les pérégrinations de ce surdoué de la musique, de son garage adolescent, à son road-trip en caravane dans l’Ouest américain, en passant, bien sûr, par les studios, les backstages, les villas. Il faut dire qu’en 4 ans, la caméra (intime, itinérante, mais jamais intrusive) a eu le temps de faire partie du quotidien d’Avicii. Elle est là, dans les innombrables trajets en jet privé à travers le monde entier (plus de 800 concerts) comme dans sa chambre d’hôpital lors de ses hospitalisations. Du voyeurisme ? Non, mais une mise en scène étrangement pudique, distante, puissante, révélant un artiste persécuté par le succès, personnalité introvertie au talent presque autistique.

Car l’émotion est là, omniprésente. L’estomac se serre à plusieurs moments du documentaire. Quand, par exemple, Tim tente de faire comprendre à son manager, pompe à fric insensible aux maux de son poulain, qu’il ne peut plus faire de concerts à cause de ses crises d’angoisse. Ou quand le DJ partage son ressenti à ses « amis », lesquels répondent par quelques mots laconiques, visiblement peu concernés par le mal-être flagrant de l’artiste. Colère, empathie, tristesse, fascination, les émotions bouillonnent. Impossible de rester indifférent face à la solitude psychologique du génie paradoxalement toujours très entouré. L’incompréhension est totale. Où était la famille de Tim dans cette progressive descente aux enfers ? Pourquoi ses amis n’ont-ils pas opposé plus de résistance au business qui le broyait doucement mais sûrement ? A-t-il eu, au moins un jour, des amis, une copine, qui prennent soin de lui ? Avicii: True Stories retentit comme un long et douloureux appel au secours sans réponse. Macabre et troublant.