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Festival de Cannes 2016 : Le Disciple

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De : Kirill Serebrennikov
Avec : Victoria Isakova, Pyotr Skvortsov, Alexandr Gorchilin
2016

« Pourquoi tu sèches la piscine ? ». Une mère célibataire essorée par la vie, un ado déglingué complètement mutique, un appartement russe décrépi. Le sale gosse propose à sa mère d’écrire un mot d’excuse : sa religion lui interdit la piscine. L’excuse fait rire, le malaise viendra après. Après cette première scène ordinaire qui annonce la couleur, celle d’un drame noir et grinçant sur le radicalisme religieux.

Avec sa tête dure et son physique agressif, Pyotr Skvortsov est confondant de ressemblance avec Michael Shannon. A l’image de son aîné, l’acteur a l’étoffe des poids lourds, les épaules assez solides pour revêtir des rôles d’acier. Il faut le voir en Veniamin, lycéen charismatique à la foi indestructible en passe de devenir le dictateur du corps enseignant. Caméra tranquille, le réalisateur fait monter en puissance son acteur à la manière d’un photographe capturant le travail de gestuel d’un führer prometteur : hurlements, sermons appuyés, one man shows théâtraux… La démonstration au lieu de l’explication ? En déplaise à certains, aux origines du radicalisme adolescent Kirill Serebrennikov préfère insister sur le discours et ses ficelles (dont les citations bibliques – incrustées à l’image – répétées jusqu’à dissolution complète des dernières résistances chez l’autre constituent l’arme principale). Mise en scène statique, même discours martelé, fond et forme ne font alors plus qu’un, travaillant psychologiquement le spectateur comme les victimes de Vienamin : jusqu’à l’usure et la reddition.

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