
Eyjafjallajökull. Impossible de passer à côté de ce film cette semaine, puisqu’il s’agit de la dernière comédie portée par Dany Boon, acteur populaire s’il en est (et grassement payé selon Le Figaro : 3,5 millions d’euros). Le nom du célèbre volcan islandais est tellement difficile à dire pour les Français que l’équipe a distribué des buzzers dans les cinémas pour que le public ne se retrouve pas sans voix à la caisse. Ce choix étonnant s’est transformé en élément marketing, les affiches conseillant par exemple au public de simplement surnommer le film Le Volcan.
Alors, défi verbal raté et effrayant pour le spectateur ou prise de risque brillante et payante ? En observant la promotion décalée de cette comédie, on s’est demandé si les titres de films impossibles à articuler (ou plus largement difficiles à retenir) pouvaient freiner les recettes ou la réputation d’un long-métrage.
Un nom tel qu’Eyjafjallajökull peut-il décourager des spectateurs potentiels ? Un titre imprononçable est-il forcément synonyme de flop ? Un film mérite-t-il d’être au top quand il nous oblige à lutter contre le correcteur orthographique de notre smartphone ?
Voici quelques éléments de réponse avec 7 films aux titres tirés par les cheveux.

Eyjafjallajökull d’Alexandre Coffre (2013) – Le titre Scrabble
Eyjafjallajökull ou l’arme redoutable à dégainer au Scrabble. La comédie d’Alexandre Coffre a le titre le plus imprononçable de l’année, et ce malgré une concentration infaillible !
Flop ou top ? Difficile de trancher pour l’instant puisque le film est seulement sorti la semaine dernière.
Côté top : le titre incompréhensible n’a pas freiné les premiers spectateurs puisque Eyjafjallajökull prend la tête du box-office le jour de sa sortie avec 1 050 entrées pour 24 copies sur Paris. Entre vendredi dernier et dimanche soir, Le Volcan a attiré 461 196 personnes dans les salles, devenant dès lors le premier film français en tête du box-office à l’issue du week-end depuis 23 semaines.
Côté flop : pour en revenir à la journée de démarrage, les premiers chiffres sont proches de ceux d’Un Plan parfait (1 122 personnes en première séance), la dernière comédie avec Dany Boon, qui a finalement attiré “seulement” 1,2 million d’entrées en fin de course (depuis le carton des Ch’tis, chaque comédie avec Boon est considérée comme un flop, mais il ne peut pas écouler 20 millions de tickets à chaque foi…).
Le titre bizarroïde continuera-t-il à intriguer les spectateurs dans les semaines à venir ? Les blagues les plus courtes sont souvent les meilleures à ce qui paraît…

RRRrrrr !!! d’Alain Chabat (2004) – La monosyllbabe gagnante
Malgré son titre façon grognement de chien méchant, la comédie d’Alain Chabat se place comme la référence du film au titre étrange mais marrant à prononcer.
Flop ou top ? Moitié moitié. Sorti en 2004, RRRrrrr !!! se place au top des premières séances parisiennes pour sa journée de démarrage – devant Out of Time avec Denzel Washington ou encore Frères des ours – avec 3 089 entrées pour 29 copies. Plus rigolo que pénible à dire, RRRrrrr !!! est finalement plus ridicule à prononcer qu’handicapant. La preuve, le film terminera sa course avec 1 703 125 billets vendus. Pas mal, mais si loin des 14,5 millions d’entrées du précédent film de Chabat (Astérix et Obélix Mission Cléopâtre), que RRRrrrr !!! est à l’époque considéré comme un flop.

Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004) – La gymnastique buccale
Malgré son réalisateur-scénariste 100% français, la comédie dramatique de Michel Gondry jouit d’un titre-phrase anglophone difficile à prononcer pour le français lambda.
Flop ou top ? Top Le drame amoureux un peu perché se place quatrième du classement lors de sa journée de démarrage (920 billets vendus pour 19 copies). Le film se place derrière des longs-métrages aux titres plus concis et faciles à placer à la machine à café (Vipère au poing, l’Enquête corse). Eternal Sunshine of the Spotless Mind termine sa tournée française en cumulant 655 656 entrées. Peu importe que ça soit moins bien que le titre poétique (et simple à retenir) de l’Ecume des jours, (865 823 tickets vendus en tout), puisqu’au final on dit simplement “Eternal Sunshine” pour parler du film. C’est mignon, aussi poétique et surtout pas bête.

4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu (2007) – Le plus “puzzle”
3 mois, 2 jours et… 4 semaines ? Rien à faire, malgré l’ordre logique du titre, les chiffres et les mots s’emmêlent dans la tête.
Flop ou top ? Top. Un drame roumain indépendant un peu glauque, au titre emmêlé, qui enregistre 665 entrées pour 19 copies le mercredi de sa sortie. Il se place sur la troisième marche du podium derrière Mr Brooks et Ceux qui restent. Peu importe l’ordre compliqué puisqu’on a beau inverser les mots, tout le monde saisi tout de suite de quel film il s’agit. Pour cause, 4 mois, 3 semaines, 2 jours est une bête de scène : Palme d’or, Prix de l’Éducation nationale et Prix FIPRESCI à Cannes en 2007, Grand Prix au Festival international du film de Stockholm. La notoriété publique se fiche du titre Rubik’s cube. Le long-métrage attirera en tout et pour tout, 328 846 cinéphiles français.

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) d’Apichatpong Weerasethakul (2010) – Le plus Doliprane
Il n’y a pas que le titre à rallonge qui est difficile à retenir. Ceux du réalisateur (Apichatpong Weerasethakul) et des acteurs (Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee) aussi.
Flop ou top ? Flop. Le film enregistre un très modeste score le jour de sa sortie (418 spectateurs pour 11 copies). A croire que la Palme d’Or ne réussit pas toujours à propulser son vainqueur. Un titre qui ressemble plus à une marque de riz et qui n’arrange en rien la réputation de film difficile du long-métrage. Christophe Carrière, de L’Express, considère ainsi qu’Oncle Boonmee “se prend trop au sérieux pour fédérer le plus grand nombre », quand le quotidien 20 minutes, plus nuancé, précise qu’ “il n’y a pas de clé, au sens occidental du terme. Il ne faut pas essayer de comprendre. Juste se laisser envoûter et ça… ça marche ou ça casse ! ». Ce cher Oncle Boonmee attirera en tout 127 511 cinéphiles.

In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni de Guy Debord (1978) – Le plus mystique
Non il ne s’agit pas d’une formule d’Harry Potter mais bel et bien du titre du film du cinéaste et essayiste Guy Debord sur l’aliénation capitaliste de la société de consommation. Un titre sous forme de locution latine signifiant « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ».
Flop ou top ? Top. Un intitulé littéraire pour le dernier projet d’un révolutionnaire international encensé par la critique. In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni est classé comme l’un des 250 meilleurs films de tous les temps selon la Presse d’après Allocine : Libération et Les Inrockuptibles donnent, entre autres, 5 étoiles. Normal, une esthétique noir et blanc, un propos subversif et un titre intello comme tiré d’un volet des aventures d’Indiana Jones : c’est forcément un top. Et puis dire que la dernière oeuvre d’un génie mort est un flop, c’est quand même bien moche.

Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1983) – Le plus kung-fu
Malgré son titre sous forme de cri de combat asiatique, Koyaanisqatsi est un film-documentaire écologique américain produit par Francis Ford Coppola. Le film fait figure de premier volet de la Trilogie des Qatsi.
Flop ou top ? Top : Koyaanisqatsi (à vos souhaits) s’est vu décerner le prix du public à la Mostra de cinéma de São Paulo en 1984 et fut projeté hors compétition lors de la sélection officielle du festival de Berlin en 1983. Qu’importe le titre étrange, puisque le docu est porté par la musique du compositeur Philip Glass, trois fois nommé aux Oscars. Pruit Igoe et Prophecy, deux thèmes du long-métrage, vont marquer les esprits au point d’être présents dans la BO du film Watchmen.