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Dark Places : le jeu des 7 différences

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Dark Places (sortie le 8 avril), est l’adaptation du roman noir Les Lieux sombres (en français) de Gillian Flynn, déjà auteur de l’épatant thriller Les Apparences, adapté au cinéma sous le nom original de Gone Girl par David Fincher himself. Cette fois c’est le réalisateur français Gilles Paquet-Brenner (Elle s’appelait Sarah) qui s’y colle. L’histoire : Libby Day (Charlize Theron),  est l’unique survivante de l’assassinat de sa famille, survenu 30 ans plus tôt dans une paisible ville du middle west. A l’époque, Libby, 8 ans est convaincue que son frère Ben, 16 ans,  est l’auteur de la tuerie. Convaincue, elle l’est jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à sa rencontre avec un club d’enquêteurs amateurs persuadés que le vrai meurtrier court toujours.

Du livre à l’écran, il n’y a qu’un pas, surtout quand on sait que Gillian Flynn a activement participé au scénario. Et maintenant ? Le film de Gilles Paquet-Brenner est-il vraiment fidèle au thriller glauque et âcre de l’écrivaine ? Voici 7 différences notables.

1/ La superficialité du personnage de Diondra

Sans doute la plus grande déception du film. Dans le livre Diondra occupe une place centrale en protagoniste racée, imposante. C’est un personnage aussi fascinant que profondément déstabilisant. Elle est trash, sexy, crasseuse (Diondra vit au milieu des déjections de ses chiens) et complètement allumée. Mais ce qui la singularise, c’est sa mesquinerie – voire sa cruauté – sans limites. Elle passe son temps à humilier publiquement son petit ami “officiel”, Ben, lorsqu’elle ne lui envoie pas des mots salaces à l’école. Diondra provoque des sentiments forts chez le lecteur : inconfort, malaise, fascination morbide.
A l’écran ? La mignonne Chloë Grace Moretz remplie le contrat avec finalement beaucoup de pudeur et trop d’émotions. Il y a pourtant dans les tics de son visage mi-ange, mi-demon (la Carrie de Stephen King c’est aussi elle, ne l’oublions pas) ce petit quelque chose. Un potentiel caché puisque sa Diondra est assez sobre dans l’ensemble (elle se contentera de fumer, enceinte et avec impudence tout du long). Un personnage à la Larry Clarke sous-exploité.

2/ L’atmosphère invisible

Dans le polar de Gillian Flynn, une atmosphère unique imbibe l’histoire. Une ambiance mélangée, mêlant l’air sec et rural du middle west américain à la noirceur juteuse du crime et des moeurs sombres des protagonistes. Le bouseux se mêle au sordide, la lumière innocente de l’enfance aux ombres du spleen.
 A l’écran ? La photographie est dans l’ensemble assez terne. On aurait aimé un filtre plus travaillé, notamment pour les flashbacks du passé. Pourquoi pas des teintes sépias ou un éclairage plus poussiéreux.  Les visages sont trop lisses, le visage de Charlize semble briller. 

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Chloë Grace Moretz incarne la « sulfureuse » Diondra

3/ L’effacement du personnage de Diane SPOILER

Diane (l’actrice Jennifer Pierce Mathus), la soeur fidèle de Patty (Christina Hendricks), mère de famille à bout de souffle. Un appui considérable pour le personnage, toujours là pour rebooster sa soeur. Diane, c’est le personnage passif, pas forcément indispensable, mais sympathique.
A l’écran ? Au milieu du film on apprend que Diane est morte. Un parti pris des scénaristes puisque à la fin du roman Libby s’en va retrouver Diane avec qui elle avait rompu tout contact. Il faut savoir que c’est sa tante, lesbienne, qui l’a en partie élevé après la mort de sa famille. 

4/ L’absence des journaux intimes de Michelle SPOILER

L’une des grandes soeurs de Libby assassinée lors de cette terrible nuit. Michelle est un personnage secondaire mais attachant. Elle a la langue trop pendue, les oreilles qui traînent et fouille toujours partout, surtout dans les affaires de Ben. Fouineuse comme tout, elle note tout ce qui se passe autour d’elle dans ses carnets. Au point de s’endormir avec le stylo à la bouche et de l’encre plein la figure.
A l’écran ? Le côté petite fouine de Michelle (Natalie Precht à l’écran) transparaît plutôt bien. Ce qui n’apparait pas en revanche, c’est sa manie de retranscrire tout ce qui se passe dans ses journaux intimes. Un détail ? Oui et non, puisque dans le livre Libby adulte cherche des indices dans les carnets de sa soeur. On apprend également que Michelle avait couché sur le papier des révélations si fulgurantes que Diondra lui a volé son carnet après sa mort. 

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Nicholas Hoult (Lyle) & Charlize Theron (Libby day)

5/ La passivité de Ben SPOILER

Ben, l’ado mal dans sa peau, torturé en permanence par la gent féminine (par ses 3 soeurs, sa mère, Diondra, la jeune Krissi…). Son père, son unique repère masculin, est alcoolique, dealer de drogues et le prend pour un minable. Ben c’est le complexe de l’invisibilité, la peur de ne pas exister, la recherche constante de l’approbation de ses pairs : les autres teenagers. Celle de Diondra, surtout, sa bourgeoise de copine qui n’a peur de rien, contrairement à lui. A elle, il doit montrer que c’est un homme, un vrai, qui en a dans le pantalon. Même si pour ça il doit rester les bras ballants et laisser sa copine étrangler sa soeur Michelle devant ses yeux. Même si pour ça il doit la laisser peinturer les murs de sa maison d’incantations sataniques avec le sang de sa propre mère. 
A l’écran ? Le caractère un peu benêt de Ben est assez visible. Mais ce qui choque le lecteur-spectateur c’est son rôle brouillon dans la scène finale. En effet, le réalisateur supprime la présence lourde de sens de Ben dans la chambre où Diondra assassine Michelle, ce qui influe fortement sur sa culpabilité. De même l’influence – voire la fascination – cannibale qu’exerce Diondra sur Ben est peu ressentie à l’écran alors qu’il s’agit là du noeud central de toute l’histoire. 

6/ Une adaptation édulcorée

La plume de Gillian Flynn n’est pas réputée pour sa pudibonderie. La sexualité, dans ce qu’elle peut avoir de plus pervers, fait partie intégrante de son écriture. C’est la violence gratuite infligée à soi-même dans Gone Girl, l’échappatoire psychologique dans Sur ma peau, ou encore la provocation physique outrancière dans Dark Places. Une signature sordide, souvent malsaine et rarement plaisante, mais toujours présente.
A l’écran ? Une signature invisible. Un choix d’autant plus surprenant que le film est interdit au moins de 17 ans aux USA (comme 50 Nuances de Grey). Le réalisateur aurait donc très bien pu corser l’ensemble en profitant des avantages de l’étiquette.

7/ Une adaptation trop littéraire ?

Le coeur éternel du débat. Gillian Flynn a participé au scénario et ça se sent : l’auteur ne lâche rien. Le film est la retranscription (trop) fidèle du roman. Les aficionados des adaptations rigoureuses adoreront le résultat. Ceux qui préfèrent les adaptations personnelles, où on sent la touche du réalisateur et son interprétation du livre, seront déçus. De la structure de l’intrigue jusqu’aux dialogues, la copie est minutieuse. A noter que le film a été tourné non pas dans le Missouri, cadre de l’intrigue, mais en Louisiane.

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 Patty (Christina Hendricks) et ses trois filles.