drame

Nouveau départ (We bought a zoo)


De : Cameron Crowe
Avec : Matt Damon, Scarlett Johansson, Elle Fanning
2011

Ben (Matt Damon, que diable allait-il faire dans cette galère ?), jeune veuf traumatisé par la perte de son grand amour, décide de racheter un zoo à l’abandon. Une nouvelle qui fait la joie de sa fille, la petite Rosie, et le désespoir de Dylan, l’ado revêche de la maison.

Nouveau Départ affiche le profil type du drame familial sirupeux, innocent et mignon du dimanche soir en deuxième partie. Des bons sentiments sucés jusqu’à la moelle et un discours irréaliste (n’importe qui peut s’improviser propriétaire d’un zoo à condition de signer tout sourire des chèques de 10 000 dollars) font le sel de ce drame tiré d’une histoire vraie. Pas désagréable, à condition de laisser son sarcasme au placard et de se laisser porter par la joie de vivre de la tribu.

Festival de Cannes 2016 : Loving

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De : Jeff Nichols
Avec : Tom Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon
2016

Avec un sujet aussi tire-larmes (un couple mixte dans les années 60 éjecté de leur état à cause de la ségrégation tente de vivre ensemble et en paix) que conventionnel, c’était loin d’être gagné d’avance pour Jeff Nichols. Surtout à Cannes, où comme chacun sait, le gratin cinéphile semble toujours s’enthousiasmer pour le film le plus extrême, le plus osé ou faute de mieux le plus actuel. Pour ces raisons exactes (et injustes) il est peu probable que Loving se dégage un chemin dimanche vers la Palme. Proclamons donc dès maintenant haut et forme cette vérité-prière dans l’espoir que les grands du Festival l’entendent : Loving est un pur chef-d’oeuvre.

Peu de cinéastes peuvent se vanter d’avoir la pureté de réalisation de Jeff Nichols. De sa manière de filmer le terroir américain (sa flore, sa faune humaine) au travail exceptionnel de la lumière (dont les traits racés du visage de Tom Edgerton sont les plus troublants miroirs) en passant par son aisance naturelle à manipuler le talent si rafraîchissant de l’Ethiopienne Ruth Negga), tout en ce film s’emboîte à la perfection pour expirer un drame sentimental à l’émotion foudroyante. La durée raisonnable de l’ensemble associée à l’absence d’une partition musicale ronflante (comme c’est souvent le cas dans le registre du drama US) laissent d’autant plus respirer l’histoire. Précautions délicates en accord parfait avec les mésaventures sensibles de ce couple silencieux, émouvant aux larmes.

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Festival de Cannes 2016 : Le Disciple

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De : Kirill Serebrennikov
Avec : Victoria Isakova, Pyotr Skvortsov, Alexandr Gorchilin
2016

« Pourquoi tu sèches la piscine ? ». Une mère célibataire essorée par la vie, un ado déglingué complètement mutique, un appartement russe décrépi. Le sale gosse propose à sa mère d’écrire un mot d’excuse : sa religion lui interdit la piscine. L’excuse fait rire, le malaise viendra après. Après cette première scène ordinaire qui annonce la couleur, celle d’un drame noir et grinçant sur le radicalisme religieux.

Avec sa tête dure et son physique agressif, Pyotr Skvortsov est confondant de ressemblance avec Michael Shannon. A l’image de son aîné, l’acteur a l’étoffe des poids lourds, les épaules assez solides pour revêtir des rôles d’acier. Il faut le voir en Veniamin, lycéen charismatique à la foi indestructible en passe de devenir le dictateur du corps enseignant. Caméra tranquille, le réalisateur fait monter en puissance son acteur à la manière d’un photographe capturant le travail de gestuel d’un führer prometteur : hurlements, sermons appuyés, one man shows théâtraux… La démonstration au lieu de l’explication ? En déplaise à certains, aux origines du radicalisme adolescent Kirill Serebrennikov préfère insister sur le discours et ses ficelles (dont les citations bibliques – incrustées à l’image – répétées jusqu’à dissolution complète des dernières résistances chez l’autre constituent l’arme principale). Mise en scène statique, même discours martelé, fond et forme ne font alors plus qu’un, travaillant psychologiquement le spectateur comme les victimes de Vienamin : jusqu’à l’usure et la reddition.

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Une fiancée pas comme les autres

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De : Craig Gillespie
Avec : Ryan Gosling, Emily Mortimer, Paul Schneider
2007

Lars n’est pas un homme comme les autres. Solitaire et introverti, il repousse toute invitation sociale ou presque, au grand désespoir de son frère Gus et de sa femme Karin, qui se fait un sang d’encre pour son beau-frère. Un jour, Lars annonce qu’il sort avec une fille… en silicone.

De par son pitch loufoque et son casting étoilé (Ryan Gosling, Emily Mortimer, Paul Schneider), cette petite pépite se laisse gentiment tenter. 1h42 plus tard, le constat est sans appel : Lars and the Real Girl (le titre VO est beaucoup plus parlant) est une claque du cinéma indépendant US, une sublime curiosité à la sauce Burtonienne. Le film aurait pu prendre le chemin balisé du schéma classique (celui du weirdo rejeté par la communauté pour son extravagance avant d’éclater soudainement) ou pire celui de la comédie potache. C’est sans compter la mise en scène intimiste de Craig Gillespie, et le talent de sa caméra à dérouler avec une tendresse inouïe l’évolution délicate d’un Ryan Gosling au milieu d’une pléiade de personnages attachants. Au fur et à mesure que l’histoire avance, la bizarrerie se transforme en émotion, le comique déroutant en drame émouvant, et ce, sans jamais se prendre les pieds dans le tapis. Chapeau. 

Le Choix de Sophie

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DeAlan J. Pakula
Avec : Meryl Streep, Kevin Kline, Peter MacNicol
1982

Stingo (Peter MacNicol), jeune écrivain ambitieux fraîchement débarqué à New York, se lie d’amitié avec Nathan (Kevin Kline) et Sophie (Meryl Streep), un couple passionnel partageant la même maison. Mais ses nouveaux amis cachent de bien lourds secrets. 

Cette adaptation du roman phare de William Styron supporte plutôt mal le poids des années écoulés depuis sa sortie triomphante (Oscar de la meilleure actrice pour Meryl Streep). Heureusement, la mollesse de l’ensemble est réveillée par la passion névrosée (intacte) dégagée par ce couple hors normes (la tornade Kevin Kline). Peu à peu les secrets remontent à la surface – certes trop doucement parfois – jusqu’au fameux choix de Sophie, aussi vibrant que tragique. 

Le petit plus : vous avez adoré l’excentrique Otto dans « Un Poisson nommé Wanda » ? Ce film est l’occasion de comprendre pourquoi John Cleese a tant voulu Kevin Kline pour le rôle après l’avoir vu jouer ici. 

White Bird

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De : Gregg Araki
Avec : Shailene Woodley, Eva Green,
2014

Une famille ordinaire dans les années 80. Un mariage malheureux, comme il y en a beaucoup. Eve (Eva Green), la mère de Kat (Shailene Woodley), est frustrée. Avec son physique de star de cinéma, elle mérite bien mieux que le titre de femme au foyer de l’année. Un après-midi, sans crier gare, Eve disparaît.

Un synopsis ordinaire pour un scénario presque anecdotique. Pas de mise en scène ou de performances tape-à-l’oeil ici, mais un drame domestique mené avec un talent indiscutable. Eva Green envoûte par son instabilité, Christopher Meloni, déconcertant, révèle un potentiel fou. Comme à son habitude Gregg Araki défile son intrigue à travers le point de vue adolescent, érigeant l’attachante Shailene Woodley en narratrice témoin perturbée. 

VIDEO – Kate Winslet et Josh Brolin à fleur de peau dans Last Days of Summer (sur Premiere.fr)

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Aperçu

Critique de bande-annonce publiée sur Premiere.fr

http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Video/VIDEO-Kate-Winslet-et-Josh-Brolin-a-fleur-de-peau-dans-Last-Days-of-Summer-3879941

 

 

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Aperçu

Rabbit Hole : lorsque le deuil tue la vie

De : John Cameron Mitchell
Avec : Nicole Kidman, Aaron Eckhart, Dianne Wiest
2011

 

“Le destin, la providence, la vie … Becca et Howie auront tout entendu pour ce qui est d’apaiser leur douleur causée par la perte de leur jeune fils, voilà 8 mois. Un travail de deuil que chacun tente de surmonter à sa façon. Pour Howie les groupes de soutien constituent la seule échappatoire pour le couple. Mais pour ce qui est de Becca, insensible à toute forme de soutien (famille, religion, amis…), aller à la rencontre de l’adolescent responsable de la mort de leur fils, semble être l’unique porte de secours.

Avec pudeur et sensibilité, John Cameron Mitchell brosse le portrait tout en nuances d’un couple fissuré, où chacun semble non seulement être en échec par rapport aux autres, mais aussi avec lui-même, dans son propre deuil. Un sujet difficile et balisé, caressé avec finesse par le jeu du duo Nicole Kidman-Aaron Eckhart, qui veille à ne jamais tomber dans le sentimental facile. Car de la culpabilité empoisonnante à l’incompréhension des proches, en passant par le malaise morbide, le réalisateur de « Shortbus » met le doigt là où ça fait mal et n’hésite pas à appuyer. La mise en scène, sorte d’écrin aux conflits psychologiques des personnages, est toute en sobriété. Un mélodrame vibrant sur l’humain plus que sur le deuil, parfois trop bavard, mais profondément juste. »

 

 

Anecdote :  son interprétation dans « Rabbit Hole » a valu à Nicole Kidman d’être nominée pour la troisième fois pour l’Oscar de la meilleure actrice (après « Moulin Rouge » et « The Hours »). Si celle-ci est repartie bredouille cette année, elle peut se vanter d’avoir décrochée la fameuse statuette pour son rôle dans « The Hours ».

Le discours d’un roi : Quand les mots prennent le pouvoir

De : Tom Hooper
Avec : Colin Firth, Helena Bonham Carter, Derek Jacobi
2011

 

« 1936. Le puissant roi d’Angleterre se meurt à petit feu. Quand l’heure de lui succéder arrive, son fils ainé Edouard VIII choisit d’abdiquer pour l’amour d’une américaine frivole. Un imprévu unique dans l’histoire de la dynastie des Windsor qui conduit son frère, le discret et bègue George VI, au trône.

 

Dans “le discours d’un roi” Tom Hooper nous livre une tranche passionnante et en rien poussiéreuse, de l’histoire d’un monarque à l’histoire peu connue. Si la mise en scène est conventionnelle, le réalisateur brosse tout en pudeur le portrait d’un George VI complexe, à la fois sensible et caractériel. Portrait animé par un Colin Firth au jeu appliqué, excellent dans un rôle qui semble taillé à la juste mesure de son talent.

L’esthétique austère, propre aux films historiques, n’alourdit jamais le rythme. Rythme qui doit beaucoup aux pépites de dialogue entre Colin Firth et Georges Rush, délicieusement décalé dans son rôle d’orthophoniste particulier du roi, sorte d’hurluberlu australien. Car tout le génie du film tient aux conversations privées des deux personnages, et à leur relation à la fois mordante et attachante. Véritable ode à l’affirmation de soi, “le discours d’un roi” traite de la construction identitaire et du dépassement de soi à travers la lutte émouvante d’un homme contre les siens, mais surtout contre lui-même. »

 

 

Anecdote : Ce n’est pas la première fois que le réalisateur Tom Hooper s’intéresse à l’histoire de son pays. En effet il avait déjà dirigé un téléfilm en deux parties consacré à Élisabeth Ire d’Angleterre, qui régna au XVIème siècle sur la Grande-Bretagne. Il réalisa également « Daniel Deronda », une mini-série de 3 épisodes au coeur du Londres de 1874.

Black Swan : l’envol de Natalie Portman

De : Darren Aronofsky
Avec : Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel.
2011

 

« Après s’être immiscé dans le monde du catch avec l’excellent “The Wrestler”, Darren Aronofsky se glisse dans les coulisses obscures des ballets, et transforme le gracieux New York City Ballet en théâtre glauque. Il fallait oser. Ne gratte pas qui veut le vernis pailleté du monde de la tulle et des tutus pour broder un thriller angoissant . Et pourtant c’est le pari audacieux qu’a choisi de faire le réalisateur pour raconter l’histoire de Nina.

Nina qui ne vit que pour sa carrière de danseuse de ballet. Si bien que quand l’intimidant Thomas, chorégraphe volcanique, la choisit pour incarner le rôle principal dans le “Lac des Cygnes”, Nina touche du doigt son rêve. Rêve ou cauchemar ? Rien n’est vraiment sûr lorsque débarque dans la troupe la sensuelle et talentueuse Lily.

Démence ou complot ? Si l’enfer n’était pas les autres mais soi-même ? C’est sur cette réflexion que le réalisateur axe son scénario et fait monter la tension. Tension qui doit beaucoup au personnage de Nina, tantôt cygne blanc, jeune fille chétive au milieu des requins, tantôt cygne noir, furie assoiffée de perfection. Au fur et à mesure que le film avance, le spectateur retient son souffle, absorbé par la souffrance et le mal-être que dégage cet être en quête d’une bouffée de lumière. Dans ce ballet de l’horreur, Natalie Portman mène la danse, virevoltante de grâce et splendide dans ce corset de fragilité à la limite de l’insoutenable. Si la mise en scène transpire l’angoisse et réussit à nous happer dans la spirale de la psychose, on regrette néanmoins la lourdeur dans les procédés de suspense. L’émotion quant à elle, atteint son paroxysme dans un final crescendo. »

 

 

Anecdote : Darren Aronofsky assimile son film à un conte de fées. Il présente notamment le personnage de Natalie Portman, qui se transforme la nuit en une créature mi-cygne mi-humaine, comme une représentation du mythe du loup-garou.