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Challenge Woody Allen : bilan de mi-parcours

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Le challenge
Cela devait être en juillet ou en août. Je me suis lancé le défi de faire toute la filmographie de Woody Allen en un an. Parce que c’est mon réalisateur chouchou, mais surtout parce que je pense que tout cinéphile qui se respecte devrait avoir vu tous les films d’au moins un réalisateur/acteur dans sa vie. Pour le plaisir de se spécialiser, de voir les évolutions de carrière, ou par simple désir/plaisir d’érudition.

Le résultat au bout de 6 mois (26/45)
Woody Allen a réalisé 45 longs-métrages dont il a bien évidemment écrit le scénario. Au 31 décembre 2015, j’en aurais donc vu 26, soit à peu près la moitié. J’aurai pu en voir bien plus. Mais pour un souci de « qualité », j’ai voulu éviter le côté « gavage d’oie ».

Films vus
Match Point, Lily la Tigresse, Whatever works, Manhattan, Annie Hall, Melinda et Melinda, Comédie érotique d’une nuit d’été, Scoop, L’homme irrationnel, Minuit à Paris, Hannah et ses soeurs, La Rose pourpre du Caire, Meurtre mystérieux à Manhattan, Maris et femmes, Magic in the Moonlight, Blue Jasmine, Crimes et délits, Vicky Cristina Barcelona, Guerre et amour, Anything Else, la vie et tout le reste, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, Une autre femme, Tout le monde dit I love You, To Rome With Love, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander.

Ce que j’en retiens (pour l’instant)

– Woody Allen a révélé le talent d’une flopée d’acteurs talentueux souvent incongrus, relégués – pour certains – aux rôles modestes aujourd’hui. 
Parmi eux Angelica Huston (Crimes et délits, Meurtre mystérieux à Manhattan), Jeff Daniels (La Rose Pourpre du Caire), Zack Braff (Meurtre mystérieux à Manhattan), Juliette Lewis (Maris et Femmes), Frances Conroy (Une autre femme, Manhattan), Blythe Danner (Une autre femme, Alice, Maris et femmes), Carrie Fisher (Hannah et ses soeurs), Michael Caine (Hannah et ses soeurs), Shelley Duvall (Annie Hall), Christopher Walken (Annie Hall), Wallace Shawn (Melinda et Melinda), Chloë Sevigny (Melinda et Melinda)Will Ferrell (Melinda et Melinda), Gena Rowlands (Une autre femme), Sigourney Weaver (Annie Hall)….

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– Woody Allen est (vraiment) obsédé par les femmes
Il apparaît tour à tour fasciné, curieux, amoureux, effrayé par elles. Cette obsession tient tout autant de la passion primitive que de l’inéluctable, voire de la malédiction. Les personnages féminins sont construits comme des casse-têtes aliénants, des puzzles insensés dont le réal n’aurait pas toutes les pièces. On peut citer les jeunes et jolies filles volatiles, rêveuses, qui rendent fou par leurs désirs de liberté, d’émancipation, de folies incomprises (Juliette Lewis dans Maris et femmesMariel Hemingway dans Manhattan, Scarlett Johansson dans Vicky Cristina Barcelona et Scoop), les épouses qui donnent du fil à retordre (Diane Keaton dans Meurtre mystérieux à Manhattan et Annie Hall, Mary Steenburgen dans Comédie érotique d’une nuit d’été), les femmes de tête assumées, intelligentes et brillantes (Emma Stone dans Magic in the Moonlight et L’homme irrationnelGena Rowlands dans Une autre femme, Cate Blanchett dans Blue Jasmine,mais surtout les tragédiennes des temps modernes, femmes délaissées, trompées, trahies. Et qui, de par leur situation, s’attire immédiatement la tendresse du spectateur. C’est Scarlett Johansson, martyre passionnelle dans Match Point, ou encore Mia Farrow, épouse attentionnée cocufiée par Michael Caine dans Hannah et ses soeurs et dans la Rose Pourpre du Caire

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– L’homme est un enfant gâté, frustré et donc malheureux
L’homme est loin d’avoir le meilleur rôle chez Woody Allen. Il est souvent dépeint comme le personnage las, sournois, menteur voire lâche. Qu’il soit dans la vingtaine (Jesse Eisenberg dans To Rome with Loveou dans la quarantaine (Joaquin Phoenix dans l’Homme Irrationnel), l’homme « Allenien » se comporte comme un éternel adolescent régit par ses pulsions sexuelles, persuadé que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. C’est pourquoi même s’il aime sa compagne, il va joyeusement s’enliser dans des liaisons hasardeuses (Match Point, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnuComédie érotique d’une nuit d’été, Crimes et délits, To Rome With Love) pour finir par se prendre les pieds dans le tapis. Même topo pour les personnages célibataires, dont l’apparente liberté n’est pas forcément gage de bonheur. Obsédés par ce qu’ils n’arrivent ou ne peuvent pas avoir, ces derniers développent angoisses et névroses (Woody Allen dans Guerre et amour et Annie HallRadha Mitchell dans Melinda et Melinda).

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– De l’importance de la conscience (attentions spoilers)
Si tout le monde trompe tout le monde (dans tous les sens du terme) chez Woody Allen, chacun à sa conscience. Il y a les coupables torturés (voire repentis) dont l’effort pour dissimuler leurs crimes n’interdit pas un désir inavoué d’être punie (Jonathan Rhys Meyers dans Match PointMartin Landau dans Crimes et Délits), mais également ceux qui rachètent l’absence de conscience des autres par la leur (Emma Stone qui fait payer Joaquin Phoenix dans l’Homme Irrationnel, Woody Allen qui condamne Jerry Adler dans Meurtre Mystérieux à Manhattan). Si la notion de conscience va de pair avec celle de la culpabilité criminelle, elle se retrouve aussi dans le simple questionnement du « suis-je ou non une bonne personne ». Une problématique identitaire ancrée chez Gena Rowlands dans sa relation égoïste avec son frère (Une Autre Femme), chez Rebecca Hall dans son infidélité à son fiancé dans Vicky Cristina Barcelona, ou encore chez Jeff Daniels dont l’expression faciale à la fin de La Rose Pourpre du Caire est sans équivoque.

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– Woody Allen a ses habitudes
Au-delà des thèmes transversaux, les gimmicks de mise en scène. L’ouverture des films de Woody Allen se traduit toujours par la même signature : générique simpliste (en noir et blanc), à l’ancienne, avec la colonne centrale des noms d’acteurs typographiés à la manière d’une vieille machine à écrire. Un préambule enveloppé par un morceau de jazz ou par une partition du meilleur goût, mais jamais, au grand jamais, par une chanson actuelle ou commerciale. D’ailleurs, tous les films vus témoignent d’une composition musicale pointue (des notes troublantes du ténor Caruso dans Match Point, à celles plus incongrues de Groucho Marx au début de Whatever works). A part ça, on retiendra l’affection du réalisateur pour les plans de caméra singuliers (la mise en abyme troublante du cinéma dans le cinéma dans La Rose pourpre du Caire, la discussion entre Diane Keaton et Alan Alda dans la voiture, filmée caméra serrée de l’extérieur…), et sa fidélité professionnelle film après film envers ses collaborateurs (sa soeur Letty Aronson, productrice de plus d’une vingtaine de ses films, la grande Juliet Taylor, directrice de casting de plus d’une trentaine de long-métrages…).

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Top 5 à mi-parcours
– Annie Hall
– Match Point
– Meutre mystérieux à Manhattan
– Blue Jasmine
– Vicky Cristina Barcelona