Mois: juillet 2014

La Couleur des sentiments de Kathryn Stockett

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Mississippi Goddam

L’histoire : Années 60. A Jackson, Mississippi, chaque famille blanche possède sa propre bonne noire. Pour le ménage, la bonne tenue du foyer, l’éducation des enfants. La Couleur des sentiments raconte l’histoire de trois protagonistes, trois narratrices. Celle de la sage Aibileen, domestique noire solitaire et las, celle de Minny, sa meilleure amie, mère de famille enragée renvoyée de toutes les maisons, et enfin celle de Miss Skeeter, une jeune journaliste blanche discrète et audacieuse.

Mon avis : La Couleur des sentiments est un livre passionnant. De ceux dont on tourne fébrilement les pages, l’oeil visé à l’éclairage nocturne du réveil. On s’indigne souvent, on s’esclaffe parfois, on s’émeut toujours. L’écriture est si limpide et les phrases si simples, que notre imaginaire turbine sans effort. Quelques pages et nous voilà propulsé dans cette petite ville chaude et poisseuse du Mississippi. L’odeur du poulet frit de Minny nous chatouillerait presque les narines.

Vous avez vu le film avant d’avoir lu le livre ? Aucune importance. Les personnages du roman collent parfaitement (ou presque) aux acteurs, évitant ainsi le choc classique entre la vision du lecteur et celle du réalisateur. Qui d’autre que la formidable Octavia Spencer pour jouer la boule de nerfs Minny? Cette singularité, cette rébellion journalistique, c’est la fraîche Emma Stone bien sûr. L’amertume d’Aibileen transpire dans le jeu tout en nuances de Viola Davis.

Inutile de préciser que le livre, de par sa taille (600 pages), va plus loin que le film. Les tourments amoureux de Skeeter gagnent en profondeur, à l’instar du drame maternel décrit en filigrane du récit central. Mais ce n’est rien à côté du climat social du livre. La venimosité du personnage de Miss Hilly (tout comme l’animosité du cadre)  fait son effet. Un moyen aussi de rappeler que derrière le vernis de la fiction se cache la vraie histoire, beaucoup plus hideuse, l’Histoire avec un grand H.

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Pour qui ?

– Pour ceux qui ont adoré le film et qui veulent en savoir plus sur les personnages.

– Pour ceux qui sont attirés par les histoires autour de la ségrégation aux Etats-Unis

– Pour ceux qui sont fans d’histoires de femmes sincères, mais jamais mièvres ou girly.

– Pour ceux qui aiment les récits authentiques, ceux qui sentent bon l’Amérique profonde.

– Pour ceux qui cherchent un livre qui ne soit ni une romance ni un polar à la mode.

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Points forts :

– Une écriture fluide, entêtante et très simple.

– Un découpage passionnant car par points de vue (celui de Minny, Skeeter, Aibileen).

Un prix mini : environ 10 euros

– Tout public.

Points faibles :

Le côté pavé ?

Un conseil
Avoir vu le film avant ne gâchera en rien votre plaisir de lecture. Je n’ai jamais lu un roman aussi vite.

Musique d’ouverture des Amants passagers

 La formidable chanson d’ouverture des « Amants passagers » de Pedro Almodovar n’est autre que « Para Elisa » enregistrée par le groupe Los Destellos. Il s’agit d’un remix frais et summertime de la célèbre « Lettre à Elise » du grand Ludwig van Beethoven. 

Suicide Club

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De : Sion Sono
Avec : Ryô Ishibashi, Masatoshi Nagase, Saya Hagiwara
2001

“1…2…3…4 et on y va !” Le début d’une comptine, comme un air d’amusement. Et une ribambelle d’étudiantes japonaises de se jeter, main dans la main, sous les rails du métro entrant. Suicide collectif isolé ou homicide minutieusement prémédité ? L’inspecteur Kuroda mène l’enquête.

Comment sortir indemne de ce Suicide Club ? Sion Sono nous étouffe, nous écoeure, mais surtout nous fait réfléchir avec cette chronique sociale à la fois fabriquée et terriblement réaliste. Le malaise puise ici son venin dans le background culturel du récit : la pop culture nippone et son emprise sur une jeunesse shootée par les music bands. L’humour est glauque, certaines scènes presque grotesques et pourtant impossible de détourner les yeux de ce grand feu de joie suicidaire.
L’enquête policière a beau manquer de punch (le récit avance par à-coups ), l’esthétique manga trash de cette satire sociale est si déstabilisante que Sion Sono réussit son coup.

Annie Hall

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De : Woody Allen
Avec : Woody Allen, Diane Keaton, Christopher Walken
1977

Alvy (Woody Allen) est un humoriste pessimiste, mal léché, névrosé, obsédé par la Mort, la Vie, le Sexe, et surtout par une femme : Annie (Diane Keaton). Alvy n’arrive pas à y faire avec elle. Mais sans elle, il n’arrive à rien tout court.

Aucun doute. Annie Hall est une histoire d’amour croustillante 100% Woody Allen. Comme à son habitude le réalisateur regarde droit dans les yeux son spectateur. Parce que son histoire d’amour il la raconte à un ami. Elle est si flagrante de réalisme que l’effet de miroir opère dès la première scène. Peu importe le caractère fabriqué de la mise en scène, comment ne pas se reconnaître dans le prosaïsme des dialogues, dans la loose attitude des personnages, dans cet amour  impossible ? Presque 40 ans ont passé et Annie Hall n’a pas pris une ride. C’est bien là le signe d’un grand classique.

 Le petit plus : cette scène formidable où Diane Keaton et Woody Allen se chamaillent avec un homard. Culte.

Sexe, Mensonges & Hollywood de Peter Biskind

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Pour une poignée de (millions) de dollars

L’histoire : Le cinéma indépendant américain. Ses acteurs, son système, ses films, ses festivals. Et puis ses figures de proue, surtout. D’un côté, le festival de Sundance, bébé de Robert Redford, rendez-vous incontournable de la scène indépendante. De l’autre Miramax, petite boîte de production devenue grande sous l’impulsion des frères Bob et Harvey Weinstein.

Mon avis : Disons-le tout de go : Sexe, mensonges & Hollywood est un livre difficile d’accès. Voire difficile tout court. L’auteur nous promet ici beaucoup (trop ?) de choses : un cours d’histoire sur le cinéma indépendant (en détaillant le système financier du milieu, en fouillant l’histoire tumultueuse de Sundance et de Miramax), mais aussi les portraits cinglants d’icônes (le lunatisme de Robert Redford, le train de vie cancérigène de Harvey) et des anecdotes people croustillantes, bien sûr.

Alors les promesses ont-elles été tenues ? Oui et non. Oui, en refermant le livre on se sent plus cultivé. On a le crâne bourré à ras bord de connaissances sur le développement de cette branche du cinéma américain. On comprend mieux la puissance et l’influence du duo Weinstein. Non, car la forme est tellement répétitive et écrasante, qu’on a l’impression de lire la même chose du début à la fin. La plume est précise mais engourdie. Où est l’écriture resserrée et incisive de l’ex-rédacteur en chef du Première américain ? L’auteur reste coincé dans un exercice d’investigation feint. Pourquoi ?  Puisque dès le début le mot de la fin est refourgué grossièrement au lecteur : Harvey Weinstein est (était ?) un dictateur et le cinéma indépendant est avant tout une histoire de fric avant d’être une histoire d’amour de l’art. Aucun doute là-dessus, puisque l’auteur enfile – sans relâche – les même témoignages cuisants. Le livre connaît néanmoins quelques respirations passionnantes (l’histoire attachante du film Will Hunting, le portrait implacable de Quentin Tarantino).

Bref, Peter Biskind aurait pu nous en apprendre beaucoup plus s’il n’avait pas mâchouillé sa conclusion pendant 800 pages. Dommage.

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Pour qui ?

– Pour les professionnels du milieu du cinéma, les étudiants dans le domaine de la production.

– Pour les lecteurs intéressés par le business, la dimension financière du secteur indépendant.

 

Points forts :

– Un rapport qualité/prix imbattable. Un pavé d’une petite dizaine d’euros qui dure facile un mois.

– Une investigation à première vue très fouillée, riche en chiffres et en témoignages.

– Une lecture culturelle : la sensation plaisante d’en savoir plus après avoir refermé le bouquin.

– Ce livre permet de (re)découvrir les vieux films qui ont marqué l’histoire.

Points faibles :

– Indigeste sur la forme (écriture assez petite et surtout archi serrée !) comme sur le fond (très répétitif).

– Une écriture redondante et très sèche.

 

Un conseil :

N’achetez pas ce livre en espérant des ragots ou encore des anecdotes légères sur les stars du cinéma indépendant (Matt Damon, Uma Thurman, Gwyneth Paltrow…). Ce livre se lit plus pour la culture que pour le plaisir. A alterner avec un bon roman.