Mois: octobre 2015

A l’est d’Eden de John Steinbeck

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L’histoire : 
L’histoire de la famille Trask, développée de génération en génération, racontée à travers la vie de figures masculines marquantes, du grand-père Trask, figure dominatrice, à ses fils Charles et Adam, jusqu’aux jumeaux de ce dernier, Caleb et Aaron. L’odyssée d’une famille américaine de la fin du XIXème siècle à la Première Guerre mondiale. En bref, un roman d’une ambition folle, adapté au cinéma par le réalisateur Elia Kazan. Mais peut-on vraiment parler d’adaptation ?

Mon avis : 
Comme chacun sait, il y a des chefs d’oeuvre intouchables de la littérature, d’un génie si sacré, d’une ambition si vertigineuse, qu’il serait impie de les remettre entre les mains versatiles du cinéma. Qu’importe pour le réalisateur grec, qui se réserve le droit de charcuter l’oeuvre en quatre parties de John Steinbeck (prix Nobel de littérature), pour se concentrer uniquement sur la dernière tranche : l’ultime génération.

A l’écran, des jumeaux  : Caleb (James Dean), le taciturne, le mauvais, l’insolent, et Aaron (Richard Davalos), le fils prodigue, la fierté de la famille. Le premier cherche à s’attirer les bonnes grâces d’un père grognon, cherche à connaître la vérité sur sa mère disparue. Le second et bien… rien. Il est là, brillant, amoureux fou de la curieuse Abra (Julie Harris), mais accessoire, ou presque. Comment apprécier un tel flou scénaristique ? En se focalisant sur le tempérament de Caleb, sur ses ténèbres, ses actes manqués, le réalisateur passe sous silence les tenants et aboutissants de personnages majeurs (Adam, Cathy…) voire absents (Lee), et avec eux, leurs liens héréditaires qui font l’essence même du récit. Car tout le sel de l’oeuvre originale réside dans ce terreau familial longuement tourné et retourné, à coup de sentiments contrariés génétiques, de drames étouffés, sous-entendus au gré de répliques flash-back lancées dans le vide au fil du film. Des personnages sans passé, et donc sans consistance, fantômes sur pellicule d’une « adaptation » manquée, de par son choix de cueillir un mince rameau d’un arbre grandiose. Reste un portrait cinéphile de toute beauté du talent de James Dean.

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Pour qui ? 
– Pour ceux qui veulent découvrir l’écriture d’un des pontes de la littérature américaine. 
– Pour ceux qui ont été fascinés par la performance de James Dean, et qui souhaitent mieux comprendre la psychologie torturée de son personnage.
– Pour les lecteurs avides d’histoires fleuves. 
– Pour les lecteurs fascinés par l’Amérique et par son héritage rural. 

Points forts
– Une écriture fluide, riche en images et en sensations, qui transforme la lecture en pur moment de délectation. 
– Un roman qui n’a pas pris une ride et qui reste passionnant, 63 ans après son écriture. 
– Des personnages très différents, extrêmement intéressants de par leur histoire personnelle.
– Un livre qui se lit sur la longueur, avec passion, et qui par conséquent dure plus d’une semaine. 
– Un prix très abordable pour la durée de lecture : 7€90.

Points faibles
– Quelques passages sur l’Histoire, utiles pour remettre le récit dans le contexte politique de son époque, mais légèrement ennuyants. 
– Il n’y a pas vraiment d’intrigue, avec un début et une fin réelle (encore que c’est à débattre). Ce manque de rebondissements, de coups d’éclat et de suspense, peut décevoir certains lecteurs. 

Un conseil 
A l’Est d’Eden est comme une bonne bouteille. C’est un livre qui se déguste avec plaisir, lentement, mais sans ennui. C’est un portrait familial, tout simplement. 

 

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Punishment park

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De : Peter Watkins
Avec : Kent Foreman, Patrick Boland, Carmen Argenziano
1971

Années 70. Un groupe d’anarchistes est escorté au beau milieu du désert californien. Les accusés ont le choix entre deux sentences : une peine de plusieurs années en milieu carcéral, ou trois jours à « Punishment park », cadre aride d’une épreuve morbide.

A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, cette uchronie (réécriture de l’Histoire) glace le sang par sa charge politique encore d’actualité aujourd’hui. Si le fond n’a pas vieilli, la forme, elle, pâtit d’une image terne et d’une lenteur de rythme handicapante. L’attention se perd par moment, et le ton la plupart du temps monocorde, peine, hélas, à préserver l’intérêt intact du spectateur. 

Le Village des damnés

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De : John Carpenter
Avec : Mark Hamill, Christopher Reeve, Kirstie Alley
1995

Midwich, village paisible et sans histoire des USA. Jusqu’au jour où tous les habitants s’évanouissent subitement au même moment. A leur réveil, toutes les femmes du village sont enceintes. 9 mois plus tard, d’étranges enfants viennent au monde. 

Ce remake de série B souffle cette année ses 10 ans d’existence. Pas de chance pour son réalisateur de génie, son long-métrage tient plus du téléfilm que du film culte. Car le résultat a mal vieilli et peine à provoquer le moindre frisson. Malgré un sujet intriguant, l’histoire d’enfants extraterrestres ne tient pas la route sur la longueur, faute à un traitement platonique et un manque cruel d’idées. 

Le petit plus : le film vaut quand même le détour pour voir Mark Hamill (alias Luke Skywalker) en tenue de jeune prêtre, et le regretté Christopher Reeve (alias Superman).

 

12 hommes en colère

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De : Sidney Lumet
Avec : Henry Fonda, Martin Balsam, Ed Begley
1957

Douze hommes sont réunis dans une salle de tribunal pour statuer sur le sort d’un jeune garçon accusé de parricide. Le principe est simple : le jury doit se mettre d’accord à l’unanimité sur le verdict, coupable ou non coupable. 

Presque 60 ans après sa sortie en salle, que reste-t-il du chef d’oeuvre de Sidney Lumet ? Réponse : un film de procès qui a pris de la bouteille, un peu éventé par moment peut-être, mais qui n’en reste pas moins un excellent cru dans le genre. La barrière du noir et blanc s’oublie vite, tant on se retrouve absorbé par ce débat, ce spectacle où les personnalités se cognent, où les masques tombent, et les attaques fusent. Un huis clos intense et moite, enveloppé d’une lumière magnifique, pour une étude sociologique fascinante.  

Le petit plus : l’atmosphère enfumée, tendue par la chaleur ambiante et le poids des mots. Une atmosphère sensorielle saisissante malgré le noir et blanc.