Mois: décembre 2015

Lily la tigresse

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De : Woody Allen
Avec : Tatsuya Mihashi, Woody Allen 
1966

Avant le Woody Allen philosophique et défaitiste, il y a eu le Woody Allen bricoleur, le jeune chien fou aussi excité à l’idée de diriger son premier projet qu’un enfant le matin de Noël. En ce sens, Lily la tigresse fait autorité dans sa filmo.

Et une fois n’est pas coutume, le réalisateur ne fait rien comme tout le monde. Son premier film en tant que metteur en scène est un nanar assumé (ou pas), un OVNI sur pellicule reposant sur une idée folle : s’approprier les images d’un film déjà existant (ici le film d’espions japonais International Secret Police: Key of Keys) pour raconter une toute autre histoire à travers l’art du doublage. Un tour de passe-passe aujourd’hui bien connu, mais qui prend une tournure savoureuse entre les mains d’un crack des tournures verbales. Ou quand un James Bond à la sauce asiat devient un action movie autour d’une… recette de salade aux oeufs. Un exercice de style curieux pour une comédie à regarder au millième degré.

Le petit plus : le réalisateur a attaqué en justice son producteur pour que le film ne sorte pas en salles. La raison du conflit ? Des modifications non approuvées par Woody Allen. Ce dernier retirera néanmoins sa plainte face au succès critique du film.

Top 10 des films sortis en 2015

FotorCreated

L’heure est venue de faire le bilan. Même si j’ai raté certains « grands » crus de l’année (The Lobster, Fatima, Sicario, le Fils de Saul…), même si mes vrais coups de coeur se comptent sur les doigts d’une seule main. C’est pourquoi les derniers titres de ce Top 10 tiennent plus de l’affection, voire de l’engouement, que du chef-d’oeuvre à mes yeux. Dans tous les cas j’ai choisi l’émotion personnelle comme critère de jugement premier. Peu importe si la forme est bâtarde, si le portrait global est grossier, si la critique publique a été (très) vilaine. Voici les 10 films qui ont dilaté mes pupilles en 2015. 

1/ Jurassic World par Colin Trevorrow
Pour le retour du film culte de mon adolescence. Mon Star Wars à moi.

2/ Joy par David O.Russell
Un drame sirupeux et féminin qui m’a subjugué.

3/ Mon Roi par Maïween
Pour la passion dévorante, pour ce beau salaud de Vincent Cassel.

4/ 50 Shades of Grey par Sam Taylor-Wood
Le plaisir coupable par excellence (et parce que j’ai lu les livres).

5/ Mad Max Fury Road par George Miller
Le spectacle visuel (et pyrotechnique) de l’année.

6/ American Sniper par Clint Eastwood
Pour la mise en scène classique mais maîtrisée de bout en bout de Clint.

7/ Broadway Therapy par Peter Bogdanovich
Une comédie fraîche et pétillante à la Woody Allen, un casting appétissant.

8/ La face cachée de Margo par Jake Schreier
La bonne surprise de cette année. Un teen movie mature (enfin) et pas vulgos (re-enfin).

9/ Wild par Jean-Marc Vallée
Une histoire vraie qui fait doucement réfléchir sur la vie.

10/ Foxcatcher par Bennett Miller
Un drame psychologique frigide et abrupt servi par la performance exceptionnelle de Steve Carell.
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Une fiancée pas comme les autres

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De : Craig Gillespie
Avec : Ryan Gosling, Emily Mortimer, Paul Schneider
2007

Lars n’est pas un homme comme les autres. Solitaire et introverti, il repousse toute invitation sociale ou presque, au grand désespoir de son frère Gus et de sa femme Karin, qui se fait un sang d’encre pour son beau-frère. Un jour, Lars annonce qu’il sort avec une fille… en silicone.

De par son pitch loufoque et son casting étoilé (Ryan Gosling, Emily Mortimer, Paul Schneider), cette petite pépite se laisse gentiment tenter. 1h42 plus tard, le constat est sans appel : Lars and the Real Girl (le titre VO est beaucoup plus parlant) est une claque du cinéma indépendant US, une sublime curiosité à la sauce Burtonienne. Le film aurait pu prendre le chemin balisé du schéma classique (celui du weirdo rejeté par la communauté pour son extravagance avant d’éclater soudainement) ou pire celui de la comédie potache. C’est sans compter la mise en scène intimiste de Craig Gillespie, et le talent de sa caméra à dérouler avec une tendresse inouïe l’évolution délicate d’un Ryan Gosling au milieu d’une pléiade de personnages attachants. Au fur et à mesure que l’histoire avance, la bizarrerie se transforme en émotion, le comique déroutant en drame émouvant, et ce, sans jamais se prendre les pieds dans le tapis. Chapeau. 

Joy : Jenny from the block

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De : David O. Russell
Avec : Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Robert de Niro
2015

Joy est une force de la nature. À la maison, c’est elle qui mène tout le monde à la baguette (sa légume de mère, son raté d’ex-mari, son père imbuvable…) quand elle ne s’improvise pas comptable de la famille, plombier ou travailleuse acharnée. Problème : à trop ménager la chèvre et le chou, Joy en a laissé tomber ses rêves d’inventions. 

Personne ne filme aussi bien la tornade Jennifer Lawrence que David O. Russell. Ce conte de Noël féministe est une déclaration d’amour à sa muse, à cette actrice belliqueuse des temps modernes. Il ne s’agit pourtant plus d’aller sauver Peeta ou de tuer le grand méchant Snow. L’enjeu n’est même pas le même, puisqu’il est question ici de faire fructifier une invention ménagère (une serpillière essoreuse). Et pourtant on retrouve cette même ivresse du combat, cette adrénaline enivrante des grandes ambitions. On s’emballe, on respire, on s’angoisse avec Joy. Mieux que ça : on s’imprègne de sa détermination folle, de sa volonté de fer à croire en son idée, voire en son rêve (prouver à elle-même et au monde qu’elle n’est pas une simple mère de famille). La mise en scène ultra léchée s’incline, le message est trop fort, trop bon : ne jamais baisser les bras et abandonner son rêve, tout simplement. 

Anecdote : Jennifer Lawrence est née en 1990, l’année de création de la Miracle Mop (la serpillière magique) par la véritable Joy Mangano.

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Noël, plus adulte que jamais ?

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Bad Santa (2003) de Terry Zwigoff

Les salles de cinéma, à moitié vides ou à moitié pleines ? Ce qui est sûr, c’est que depuis le 13 novembre les salles obscures n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Ce Noël a un goût acide, presque déplacé : il réveille le Grinch grinçant qui sommeille en nous. L’envie d’en découdre avec ce chamallow bling-bling, ces rires en carton-pâte, ces personnages musicaux à s’en taper la tête contre le mur.

L’émotion pure, authentique, la rage sentimentale, l’union des coeurs. Voilà ce qu’on retrouve accroché dans notre calendrier de l’Avent. C’est Angelina Jolie et Brad Pitt, couple à la ville comme à l’écran, qui s’échinent avec passion pour être (bien) ensemble dans Vue sur mer. C’est Jennifer Lawrence, femme au courage viscéral, seule contre tous dans Joy. Et que dire d’Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm, dont l’amour sanguin brûle tous les interdits dans Marguerite et Julien ? Oui, Noël ne nous aura jamais paru aussi adulte, aussi humain finalement.

Mais une humanité invincible, ou presque, capable de soulever des montagnes. Ce qui signifie, pour Tom Hanks, négocier à lui seul la libération d’un pilote américain espion dans Le Pont des espions. Pour Stacy Martin, survivante de l’extrême, c’est braver l’épreuve du feu, faire entendre sa pulsion de vie au milieu du chaos indien dans le retentissant Taj Mahal. Un bras d’honneur à la mort que reprend avec brio Margherita Buy dans le sophistiqué Mia Madre, drame loufoque où le vivant combat sans relâche la mort.

Se battre pour les autres, pour soi, mais célébrer la vie, surtout. Noël, tout simplement.

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Le Grinch (2000) de Ron Howard

Taj Mahal : l’avant, le pendant, et l’après

Taj Mahal, Affiche

De : Nicolas Saada
Avec : avec Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee
2015

2008. Louise (Stacy Martin), 18 ans, suit ses parents à Bombay dans le cadre de la mutation professionnelle de son père. En attendant de récupérer leur maison sur place, la famille loge au Taj Mahal, hôtel luxueux du centre-ville. Un soir, alors que ses parents sont de sortie, Louise entend des détonations au rez-de-chaussée. 

Tout le monde (ou presque) se rappelle des attentats coordonnés de Bombay durant lesquels deux grands hôtels ont été touchés. Une attaque terroriste d’ordre public, transformée par Nicolas Saada en drame pudique, concentré sur l’unité familiale. En témoigne la caméra, scotchée dans un premier temps au visage de l’adolescente diaphane, visage européen perdu dans la foule grouillante, puis à son corps animal, recroquevillé quand la menace survient. Un danger interne qui alimente la terreur de Louise, mais aussi du spectateur, car hors champs la plupart du temps. L’attente, les coups de fil aux parents, cette recherche de la meilleure cachette et… ce sentiment désagréable de déjà-vu, de réalisme morbide. Une émotion vivace, actuelle, qui a le mérite de balayer quelques incohérences de scénario, et excuser la platitude de jeu des acteurs. 

Anecdote : « Nous pensons que face à l’obscurantisme, à la terreur, à l’indicible, le Cinéma est là pour ouvrir au dialogue. Il nous permet dans ces moments difficiles de regarder le monde tel qu’il est. Et nous sommes certains que reculer aujourd’hui, c’est capituler demain. » a déclaré le distributeur,  Bac Films, sur la décision de maintenir la date de sortie du film suite aux attentats parisiens.