Mois: janvier 2018

Chef


De : Jon Favreau
Avec : Jon Favreau, Robert Downey Jr., Scarlett Johansson
2017

Carl Casper (Jon Favreau) est un chef inventif aux envies bridées par le patron du restaurant dans lequel il bosse. Une (mauvaise) critique gastronomique plus tard, Carl claque la porte et embarque fiston et collègue de travail dans l’aventure food truck.

A chaque scénario ses promesses. Celui-ci, en bon film de cuisine qui se respecte, en propose deux au spectateur : celle de l’embarquer dans une aventure familiale moelleuse en sentiments et celle de lui chatouiller ses papilles gustatives. Pépin : du début à la fin Chef ne respecte pas le menu proposé. L’obstacle s’installe dès l’entrée avec le personnage principal, rustre, grossier, antipathique et peu attachant. Quant aux péripéties, elle sont pour ainsi dire inexistantes puisqu’aucunes réelles difficultés n’entrent en jeu, que ce soit au sein de la brigade que dans les rapports familiaux noués entre le chef, son ex-épouse et son fils. Compliqué, du coup, de voir un quelquonce intêret à ce périple d’une platitude affligeante. Oubliez, de même, l’aspect gourmand du film. A moins que la seule vue d’un hot arrosé de ketchup vous fasse saliver. À éviter…

I Don’t Feel At Home In This World Anymore


De : Macon Blair
Avec : Melanie LynskeyChris DoubekMarilyn Faith Hickey
2017

Ruth (Melanie Lynskeymène une petite vie sans saveur dans un quartier médiocre. Personnes impolies, actes de vandalisme, la jeune femme déprimée assiste quotidiennement au triste spectacle de l’humanité. Cerise sur le gâteau, Ruth se fait cambrioler. Mais cette fois, la gentille voisine ne compte pas se laisse faire.

Prenez l’affection des frères Coen pour la classe moyenne, l’absurde et le ringard, ajoutez la naïveté de Frances Ha et démoulez. Vous obtiendrez I Don’t Feel At Home In This World Anymore, comédie dramatique tâtonnante piochant à droite et à gauche des références sans jamais convaincre totalement. Sur les bancs des accusés, l’écriture brouillonne de l’intrigue principale (un tandem de loosers prend en chasse les responsables du cambriolage), voire complètement confuse dans sa manière de jongler entre les codes de genre (du revenge movie à la comédie adulescente). Mal ébauchés, les protagonistes peinent à provoquer la pleine adhésion. Melanie Lynskey ne parvient pas à émouvoir et son comparse, Elijah Wood se débrouille du mieux qu’il peut avec la maigre place qui lui ait alloué. Un premier film plein de bonne volonté mais imparfait. A suivre.


Mise à mort du cerf sacré


De : Yorgos Lanthimos
Avec : Nicole Kidman,Colin Farrell, Barry Keoghan
2017

Steven (Colin Farrell), cardiologue brillant, mène une vie bien rangée entre l’hôpital, sa femme (Nicole Kidman) et ses deux enfants. Un jour, Steve présente Martin (Barry Keoghan), un ado étrange qu’il a pris sous son aile, à sa famille. Ami ou ennemi ? Les frontières se brouillent à mesure que Martin s’immisce dans le cercle familial.

Moins viscérale que Darren Aronofsky mais tout aussi malaisant, le cinéma de Yorgos Lanthimos n’en finit pas de cogner notre sensibilité. Canine, The Lobster, Mise à mort du cerf sacré… le réalisateur fait partie de cette poignée de génies qui arrivent à nous faire remuer nerveusement dans notre fauteuil sans sortir l’artillerie lourde. Ici, la cause du malaise prend racine dans une relecture du mythe grec d’Iphigénie. En bref, une histoire de malédiction filiale et de sacrifice. De là, le cinéaste monte en épingle une tragédie psychologique progressive, avançant doucement ses personnages torturés les uns après les autres : Colin Farrell (qui n’a jamais été aussi bien filmé) en chef de famille empreint d’un douleur sourde, mène, avec Nicole Kidman (épouse Kubricienne parfaite) le combat funèbre face à l’ennemi, Barry Keoghan (vu dans Dunkerque) dont le visage reptilien hante la pellicule.

La mise en scène, épurée et rigide, signature du réalisateur, enveloppe dans du papier glacé le drame intime (prix du meilleur scénario à Cannes) de cette upper class américaine. Cadrage ciselé, photographie sublime, ou quand l’enfer a un goût de trop propre. Du reste, il faudra accepter de faire une croix sur toutes les réponses attendues. Car Yorgos Lanthimos préfère l’abstrait de l’imaginaire au concret. Agaçant, mais plus terrifiant finalement.

Anecdote : Colin Farrell a reconnu s’être senti nauséeux après avoir lu le script.