Mois: juin 2018

Sans un bruit


De : John Krasinski
Avec : John Krasinski, Emily Blunt, Millicent Simmonds
2018

Dans un futur proche, la population vit éparse, calfeutrée, dans la crainte permanente de… faire du bruit. Car des créatures redoutables ont envahi la planète, et autant dire qu’elles font mordre la poussière à quiconque éternue un peu trop fort. Dans cet enfer de chaque instant, une famille tente de vivre sa vie.

Sans un bruit fait partie de ces films de monstres que l’on prend plaisir à découvrir sans brief ni teasing, pour ménager au maximum une certaine jouissance de l’effet de surprise. En ce sens, la séquence d’ouverture fait parfaitement le job dans cette mise en scène de l’attente anxiogène « que quelque chose se passe ». La photographie, de premier ordre, ne se limite pas pour une fois au clair-obscur des films du genre, offrant, tour à tour, une lumière bucolique et ardente. Mais ce qui permet au premier « film d’horreur » de John Krasinski de tirer son épingle du jeu c’est son écriture.
Si les grandes lignes de l’histoire restent basiques, c’est bien le microcosme développé autour de la problématique « comment peut-on vivre au quotidien sans faire le moindre bruit ? » qui fascine. Comment manger sans émettre (trop) de son ? Comment marcher sur du parquet sans qu’il grince ? En cela, la mise en scène, jamais bourrine, jamais simpliste, fait la part belle aux trouvailles. Et le plaisir (enfin !) d’avoir affaire à des personnages pas trop stupides. Ce qui, au regard de la caste cinématographique à laquelle appartient Sans un bruit, relève du vrai miracle.

Anecdote : à la base, le scénario signé Bryan Woods et Scott Beck contenait seulement une ligne de dialogue.






Dogville


De : Lars von Trier
Avec : Nicole Kidman, Paul Bettany, Stellan Skarsgård
2003

Dogville, petite bourgade américaine en périphérie des grandes routes, communauté réduite à une trentaine, à peine, d’habitants. Un trou perdu pas bien méchant, en somme, pour Grace (Nicole Kidman), fugitive en recherche d’un coin tranquille où se cacher d’étranges mafiosos. Sauf que parfois, la méchanceté n’est pas toujours là ou on l’attend.

L’individu face à la société, à la communauté, au groupe. Ou comment ce dernier se coordonne, s’organise, consciemment ou non, pour broyer, mener à sa perte une brebis égarée. Breaking the Waves, Dancer in the Dark et Dogville reprennent ce schéma (Antichrist, Nymphomaniac ou Melancholia se concentrent, eux, sur la déliquescente progressive et chaotique d’une conscience repliée sur elle-même). La caméra suit ici l’intégration sociale de la bienveillante Grace, déterminée à gagner la confiance d’une communauté hésitante à cacher une fugitive recherchée par des mafiosos comme par la police. 2h59 d’efforts, de labeur, de souffrances pour une héroïne que Lars von Trier – sans pitié, comme toujours – déplace comme un pion sur la carte mentale que constitue le décor de l’histoire. Et c’est là le plus déroutant. Pas de construction à l’ordinateur ni de tournage en plein air, mais une scène de théâtre XXL avec ses traçages sommaires sur le sol, ses suggestions imaginaires. Au spectateur de récréer la ville.

Un abandon du décor traditionnel pour se concentrer sur l’essentiel : l’acidité des rapports humains, la cruauté des petits gens face à l’étrangère. Si le dispositif peu commun fonctionne plutôt bien jusqu’au renversement final, plutôt jouissif, on peut se poser la question de son intérêt à être développé sur 3h de pellicule. Bien sûr, la fragilité magnétique de Nicole Kidman subjugue chaque plan, contrastant avec la violence ambiante très crue. Mais le traitement inégal des personnages et la mise en scène volontairement nonchalante finissent pas atteindre le mordant d’un scénario qui en a pourtant sérieusement sous le capot.




Jurassic World: Fallen Kingdom

De : Juan Antonio Bayona
Avec : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Jeff Goldblum
2018

Trois ans après la bérézina, le parc Jurassic World, désormais à l’abandon, est menacé par l’éruption imminente du volcan de l’île. Catastrophe naturelle qui enterrerait à coup sûr les dernières créatures à l’état sauvage sur le territoire. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), ancienne directrice du parc et porte-parole d’un mouvement de défense des dino, profite d’une opportunité inattendue pour procéder à un sauvetage de dernière minute. Mais cette opportunité professionnelle n’est pas vraiment celle qu’elle croit…

Avec Juan Antonio Bayona (The Impossible) aux manettes, la dimension catastrophe promettait du grand spectacle. Côté scénario, la présence du tandem Colin Trevorrow / Derek Connolly (déjà présent sur Jurassic Word) assurait, en toute logique, une continuité rassurante. 2h10 plus tard, que reste-t-il de ces espoirs ? Réponse : une première partie décevante et une seconde plus audacieuse avec, ici et là, des incohérences crasses et beaucoup de bêtise. Le film s’ouvre comme convenu sur la catastrophe volcanique, filmée à la manière d’un blockbuster subtil avec Dwayne Johnson. Comprendre : spectaculaire mais tellement vu et revu que l’ennui perce vite. On sauvera le plan sublime de fin (le navire qui s’éloigne de la rive), on oubliera l’idiotie des acteurs, en mode automatique jusqu’au générique.

Et puis il y a la deuxième partie du film. Celle qui amorce un virage intéressant en s’engouffrant dans le genre du film de monstres (ça ne plaira pas à tout le monde) en délocalisant les dinosaures dans le terroir américain. Un effet « coup de fouet » pour le rythme comme pour la saga plus qu’appréciable : le film démarre enfin, la tension pointe, le spectateur finit de bailler. Le suspense va dès lors crescendo, faisant (presque) oublier les personnages écrits sur un bout de table et le grotesque de certaines scènes. Divertissant, parfois impressionnant, Jurassic World : Fallen Kingdom tire finalement son épingle du jeu de son discours en filigrane sur l’avancée génétique tenu par ce cher professeur Malcolm (Jeff Goldblum). Mal fichu certes, mais pas bête du tout.